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Métiers verts en tension : 66 % des recrutements difficiles

Métiers verts en tension : 66 % des recrutements difficiles

Par Philippe D.

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Philippe D.

Pourquoi les employeurs de l'économie verte peinent-ils autant à recruter malgré les formations existantes ? La question mérite d'être posée sans détour. Le SDES (Service des données et études statistiques) a publié un constat net : 66 % des projets de recrutement dans les métiers verts sont jugés difficiles par les employeurs (données 2022). C'est 8 points (écart calculé) au-dessus de la moyenne tous secteurs confondus (58 %). Et sur 35 métiers verts identifiés, 31 affichent une tension supérieure à la moyenne. À mon sens, le problème est structurel : quelques formations supplémentaires n'y suffiront pas.

L'ampleur réelle de l'emploi vert en France#

Il faut d'abord cadrer les ordres de grandeur, parce que les chiffres qui circulent prêtent à confusion.

Le SDES dénombre 361 000 emplois à finalité environnementale en France, ce qui ne représente que 1,2 % de la population en emploi (données 2024). Ce chiffre désigne les métiers dont la finalité est de mesurer, prévenir, maîtriser, corriger les impacts négatifs et les dommages sur l'environnement. Mais le périmètre réel est bien plus large : selon le SDES, les emplois de l'économie verte concernaient directement près de 4 millions de personnes en 2018, dont 140 000 (0,5 % de l'emploi total) exerçaient un métier dit « vert ». Les autres exercent des métiers dits « verdissants ».

Les deux chiffres ne portent ni sur la même année ni sur le même périmètre : 361 000 emplois à finalité environnementale en 2024, près de 4 millions de personnes pour l'économie verte en 2018. Ils ne se comparent pas directement.

66 % de recrutements difficiles : ce que dit vraiment la donnée#

Le chiffre de 66 % vient de l'enquête BMO (Besoins en Main-d'OEuvre), exploitée par le SDES pour les métiers de l'économie verte, sur les données 2022. Il mesure la part des projets de recrutement jugés difficiles par l'employeur.

Concrètement, les projets de recrutement dans l'économie verte représentent 18 % de l'ensemble des intentions d'embauche en 2022, soit un peu plus de 539 000 emplois, en hausse de 17 % par rapport à 2021. Et dans cette masse, 66 % sont considérés comme difficiles. Le problème touche quasiment tous les métiers du périmètre : 31 sur 35 affichent une tension supérieure à la moyenne. Dans le bâtiment, l'indicateur de tension est resté à son niveau le plus élevé entre 2020 et 2022 pour la majorité des métiers ; dans le transport, les conducteurs routiers et les responsables logistiques non cadres rencontrent un niveau de tension très élevé. Des métiers qui n'étaient pas en tension en 2020 le sont devenus en 2022, dont les jardiniers salariés et les ouvriers de l'assainissement et du traitement des déchets.

Il faut aussi regarder la tendance globale pour ne pas surinterpréter. Le BMO 2025 montre une détente sur l'ensemble du marché : 50,1 % des projets d'embauche sont jugés difficiles en baisse de 7,3 points, pour un total de 2,43 millions d'intentions d'embauche (en recul de 12,5 %). La question est de savoir si les métiers verts suivent cette tendance ou restent à un niveau de tension plus élevé. Les 66 % décrivent la situation de 2022, pas celle de 2025.

La dynamique côté cadres : les chiffres APEC#

L'APEC apporte un éclairage complémentaire sur le segment cadre. Entre 2019 et 2023, les offres d'emploi cadre dans les métiers verts ont bondi de 56 %. Sur la même période, l'ensemble des offres cadre n'a progressé que de 4,5 %. L'écart est massif. En 2024, on comptait 13 710 offres cadre dans les métiers verts.

Côté investissements, l'APEC relève 24,5 milliards d'euros en 2023, soit plus de 7 fois plus qu'en 2019. Ces investissements ont généré 17 000 emplois salariés selon l'APEC, principalement dans l'énergie avec les énergies renouvelables (47 %), puis dans la filière des batteries et véhicules électriques (29 %). Côté offres cadre, l'APEC cite notamment la gestion des risques environnementaux (6 060 offres) et l'énergie-eau (5 520 offres). Pour le cas de la biodiversité, voir l'article sur l'ingénieur écologue.

Les grilles salariales détaillent les rémunérations des métiers de l'environnement.

La CSRD, l'Omnibus, et l'effet douche froide#

On ne peut pas parler de tension sur les métiers verts sans aborder la CSRD et son recul partiel.

Dans sa version initiale, la CSRD soumettait à un reporting de durabilité structuré les grandes entreprises, y compris les plus petites d'entre elles, et les PME cotées. Les profils CSRD recherchés ont fait l'objet d'un article dédié.

Le texte Omnibus sur la CSRD est une directive, pas un règlement : la directive (UE) 2026/470. Le Parlement européen l'a voté le 16 décembre 2025, le Conseil l'a adoptée le 24 février 2026, et elle a été publiée au JO le 26 février 2026. Elle réserve le reporting de durabilité aux entreprises, et aux groupes sur base consolidée, de plus de 1 000 salariés en moyenne dont le chiffre d'affaires net dépasse 450 000 000 EUR, et supprime la vague des PME cotées. Les États membres ont jusqu'au 19 mars 2027 pour transposer les articles 1 à 3 de la directive.

Côté chiffres, la Commission annonçait dans sa proposition COM(2025) 81 du 26 février 2025 une baisse d'environ 80 % du nombre d'entreprises soumises, avec un seuil à 1 000 salariés. Le texte adopté fixe en plus le chiffre d'affaires net à plus de 450 000 000 EUR, là où la proposition retenait plus de 50 000 000 EUR de chiffre d'affaires ou plus de 25 000 000 EUR de bilan : le périmètre est plus étroit encore.

Les entreprises de 1 000 salariés ou moins et les PME cotées sortent donc du champ. Seules les entreprises qui dépassent les deux seuils restent soumises.

Pourquoi la tension persiste malgré tout#

Sur un sujet proche, découvrez notre article : Période de reconversion 2026 : le nouveau dispositif.

Sur un sujet proche, découvrez notre article : Alternance métiers verts 2026 : où se former, qui recrute.

Sur un sujet proche, découvrez notre article : Du treillis au terrain : reconversion militaire verte.

Les sources citées donnent d'autres repères que la CSRD.

Selon les évaluations macro-économiques de la stratégie bas carbone de l'ADEME, présentées dans son magazine d'octobre 2021, le solde serait de 540 000 emplois (en ETP) supplémentaires d'ici 2030, jusqu'à 1 million à l'horizon 2050. Le dossier cite de fortes hausses dans le ferroviaire, le biogaz et la rénovation thermique des bâtiments. Ces résultats donnent des ordres de grandeur de ce qui est possible si l'ensemble des actions « bas carbone » programmées sont effectivement mises en œuvre.

L'Opco EP (opérateur de compétences) révèle un paradoxe intéressant dans son baromètre 2025 : 73 % des entreprises interrogées déclarent des pratiques écoresponsables déjà intégrées à leur quotidien, mais les enjeux écologiques ne sont pas prioritaires pour 54 % des entreprises interrogées.

Le 27 janvier 2026, la Commission de la certification professionnelle de France Compétences a inscrit cinq nouveaux métiers dans sa liste annuelle des métiers en évolution ou en émergence, dont « Expert en décarbonation et performance environnementale ».

Le piège du chiffre de 85 %#

Un chiffre circule : 85 % des recruteurs pointent le manque de candidatures comme premier constat. Ce chiffre vient d'un article de blog de Factorial sur les difficultés de recrutement en général, et non d'une étude consacrée aux métiers verts.

Les données spécifiques aux métiers verts (les 66 % du SDES) datent de 2022. Toute lecture de l'évolution récente à partir de ces 66 % reste donc une extrapolation.

Les repères à suivre#

Quatre repères ressortent des sources citées plus haut.

  1. Le bâtiment, où l'indicateur de tension est resté à son niveau le plus élevé entre 2020 et 2022 pour la majorité des métiers, et dont la rénovation thermique figure parmi les fortes hausses citées par l'ADEME
  2. Le ferroviaire et le biogaz, deux autres filières en forte hausse selon l'ADEME
  3. Les investissements verts privés, 24,5 milliards d'euros en 2023, soit plus de 7 fois plus qu'en 2019, qui ont généré 17 000 emplois salariés selon l'APEC
  4. Les métiers en émergence : cinq nouveaux inscrits le 27 janvier 2026 par France Compétences

À mon sens, les profils qui tireront leur épingle du jeu sont ceux qui combinent une expertise technique sectorielle avec une compréhension des cadres réglementaires et financiers.

Pour ceux qui envisagent une reconversion vers l'environnement, à mon sens le marché est porteur mais exigeant. Pour repérer les postes ouverts, consultez les métiers qui recrutent en 2026.

À mon sens, 66 % de recrutements difficiles, c'est le symptôme, et la cause est un décalage temporel entre une économie qui verdit plus vite que le système de formation ne produit les compétences correspondantes.

Sources#

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