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CSRD et recrutement 2026 : profils, compétences, salaires

CSRD et recrutement 2026 : profils, compétences, salaires

Par Philippe D.

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Philippe D.

Pourquoi un texte censé simplifier la vie des entreprises a-t-il provoqué une onde de choc sur le marché de l'emploi durabilité ? La directive (UE) 2026/470, entrée en vigueur le 18 mars 2026 (date calculée, voir plus bas), ne laisse, sauf exemption nationale pour 2025 et 2026, dans le champ de la CSRD que les entreprises de plus de 1 000 salariés dont le chiffre d'affaires net dépasse 450 millions d'euros. Logiquement, on s'attendrait à un effondrement des recrutements. L'Apec, dans son étude de décembre 2025, présente pourtant le chef de mission CSRD comme un poste qui « se généralise dans les entreprises concernées par les obligations réglementaires ». À mon sens, les exigences montent. Voici pourquoi, et pour qui.

Avant Omnibus : la CSRD comme accélérateur de recrutement#

La directive CSRD avait créé un appel d'air massif. Un grand nombre d'entreprises européennes devaient publier un rapport de durabilité structuré selon les normes ESRS. Les premiers rapports de la vague 1 (entités d'intérêt public de plus de 500 salariés) devaient être publiés en 2025, pour les exercices commençant le 1er janvier 2024 ou après.

L'Apec décrit un chef de mission CSRD « spécifiquement dédié à la conformité avec la directive CSRD », qui doit coordonner les directions internes pour structurer le reporting CSRD.

Ce mouvement ne partait pas de rien. La transition écologique pesait déjà sur les offres cadres : selon l'Apec, 23 % des offres d'emploi cadre publiées sur apec.fr en 2024 pour des métiers stratégiques exigeaient des compétences vertes, soit 8 points de plus qu'en 2019. Toujours selon l'Apec, dans son scénario bas-carbone, environ 32 000 emplois supplémentaires d'ingénieurs et de cadres seraient créés à l'horizon 2030, en plus des 557 000 créations d'emplois déjà prévues.

La directive Omnibus : ce qui change concrètement#

Le Parlement européen a adopté sa position le 16 décembre 2025, par 428 voix pour, 218 contre et 17 abstentions. Le Conseil a adopté la directive le 24 février 2026. Elle a paru au Journal officiel de l'Union européenne le 26 février 2026 et son article de fin prévoit qu'elle « entre en vigueur le vingtième jour suivant celui de sa publication ». En comptant vingt jours à partir du 26 février, on obtient le 18 mars 2026 : c'est une date calculée, que la fiche de procédure du Parlement européen confirme.

Les nouveaux seuils pour l'obligation CSRD passent à plus de 1 000 salariés et plus de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires net. En février 2025, la Commission proposait de viser les entreprises de plus de 1 000 salariés réalisant soit plus de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires net, soit plus de 25 millions d'euros de bilan total, et estimait que « le nombre d'entreprises soumises à des obligations de publication d'informations en matière de durabilité serait réduit d'environ 80 % en excluant les grandes entreprises comptant jusqu'à 1 000 salariés ». Le texte adopté retient un seuil de chiffre d'affaires de 450 millions d'euros : le champ est plus étroit encore que celui de la proposition.

Calendrier révisé#

La vague 2 publiera son premier rapport pour l'exercice 2027. C'était initialement prévu pour 2026, au titre de l'exercice 2025 : la directive (UE) 2025/794 du 14 avril 2025 avait déjà reporté cette échéance de deux ans, et la directive 2026/470 la maintient pour les exercices commençant le 1er janvier 2027 ou après. La vague 3, celle des PME cotées, disparaît : la directive 2026/470 supprime le point c) de l'article 5, paragraphe 2, de la directive 2022/2464 et la référence aux petites et moyennes entreprises dont les valeurs mobilières sont admises à la négociation sur un marché réglementé. L'échéance qui avait été fixée pour elles est donc caduque. Pour les exercices commençant entre le 1er janvier 2025 et le 31 décembre 2026, les États membres peuvent en outre exempter les entreprises sous les nouveaux seuils.

Allègement des normes ESRS#

C'est l'autre volet. Le 3 juillet 2026, la Commission a adopté les ESRS révisées (règlement délégué (UE) 2026/1563, publié au Journal officiel le 21 septembre 2026). Elles entrent en vigueur le 10 novembre 2026 et s'appliquent aux exercices commençant le 1er janvier 2027 ou après. Selon la Commission, elles réduisent de plus de 60 % le nombre de points de données obligatoires et de plus de 70 % le nombre total de points de données.

Le même jour, elle a adopté la norme volontaire d'information en matière de durabilité des entreprises de 1 000 salariés au plus (règlement délégué (UE) 2026/1560, publié le 21 septembre 2026, en vigueur le troisième jour suivant sa publication). La directive lui laissait jusqu'au 19 juillet 2026 pour l'établir, et six mois à compter de l'entrée en vigueur de la directive pour réviser les ESRS.

Le paradoxe : moins d'entreprises soumises, autant de tension sur les profils#

On pourrait croire que la contraction du périmètre va assécher la demande. Je ne le pense pas.

À mon sens, les entreprises de la vague 1 ne vont pas se séparer de leurs chefs de projet CSRD parce que le voisin n'est plus soumis.

Autre réalité que les gros titres oublient : les entreprises qui sortent du périmètre obligatoire restent concernées par ricochet. Leurs clients, s'ils dépassent les seuils, restent soumis. La directive protège pourtant les entreprises de la chaîne de valeur de 1 000 salariés au plus : les normes ne peuvent pas obliger une entreprise déclarante à obtenir auprès d'elles « des informations allant au-delà des informations à publier conformément aux normes d'information en matière de durabilité d'application volontaire ». Un fournisseur peut donc refuser ce qui dépasse la norme volontaire, mais, à mon sens, ses clients attendront les données qu'elle prévoit. Et la complexité technique des ESRS révisées ne simplifie rien. Les profils capables de les maîtriser ne se trouvent pas sous le sabot d'un cheval. Le marché se resserre sur la qualité.

Les profils qui recrutent#

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L'étude de l'Apec consacre une fiche métier à six postes cadres pour la décarbonation : chef de mission CSRD, manager Green IT, architecte électrique électronique, responsable décarbonation dans la métallurgie, chef de projet en rénovation énergétique en habitat collectif, et analyste finance durable.

Chef de projet CSRD#

C'est le profil le plus directement lié à la directive. Selon l'Apec, le chef de mission CSRD, intitulé voisin de cette offre, pilote l'implémentation de la CSRD et coordonne les directions internes pour structurer le reporting. Une offre de cadre reprise par l'Apec dans son étude de décembre 2025, chef de projet CSRD en Hauts-de-Seine, proposait 55 à 60 k€ par an et demandait 4 à 6 ans d'expérience dans une démarche de RSE. La grille de Michael Page pour le responsable du reporting extra-financier CSRD, métier voisin, consultée le 11 octobre 2026 comme les autres grilles citées plus bas, va de 45 000 à 80 000 euros bruts par an, pour une moyenne de 61 000 euros (région parisienne, fixe hors variable).

Responsable RSE#

Poste plus généraliste, que la CSRD a transformé à mon sens : le responsable RSE ne se contente plus d'animer une démarche. La grille de Michael Page le place entre 50 000 et 100 000 euros bruts par an, pour une moyenne de 77 500 euros (région parisienne, fixe hors variable). Pour le directeur RSE, la grille de Michael Page va de 65 000 à 120 000 euros, avec une moyenne de 86 000 euros.

Analyste ESG#

Profil technique par excellence. Selon Michael Page, le poste est accessible avec un diplôme de niveau Bac+5, et la maîtrise de l'anglais est un prérequis. D'après la même fiche métier, un junior (0 à 2 ans d'expérience) démarre entre 40 000 et 50 000 euros bruts par an. Entre 5 et 10 ans d'expérience, on se situe entre 60 000 et 80 000 euros. La moyenne de la grille est de 56 000 euros.

Juriste compliance durabilité#

Le juriste environnement spécialisé compliance voit, à mon sens, sa cote monter. Robert Half range la maîtrise des outils d'IA autonome en tête des cinq compétences qui pèsent le plus sur les salaires des profils juridiques en 2026. À mon sens, la double casquette juridique et tech devient un prérequis, pas un bonus. La grille de Michael Page pour le juriste RSE, métier voisin, va entre 45 000 et 80 000 euros bruts par an, pour une moyenne de 59 000 euros.

Compétences recherchées : la fin des profils mono-expertise#

La fiche métier du chef de mission CSRD, dans l'étude de l'Apec, mêle plusieurs expertises : l'analyse de double matérialité, les normes CSRD, ESRS et la taxonomie verte, la maîtrise des outils de collecte et de structuration de données (Excel, logiciels ESG), la gestion de projet complexe et la conduite du changement. Le reporting CSRD touche à ces domaines simultanément. À mon sens, un candidat qui ne maîtrise qu'un seul axe sera en difficulté face à la concurrence.

L'audit de durabilité ajoute une couche. La Haute autorité de l'audit (H2A), qui a succédé au Haut conseil du commissariat aux comptes, encadre la profession. Aux termes de l'ordonnance n° 2023-1142 du 6 décembre 2023, les commissaires aux comptes inscrits avant le 1er janvier 2026 sont réputés satisfaire aux conditions prévues aux 2° et 3° du I de l'article L. 821-18 du code de commerce s'ils justifient avoir validé une ou plusieurs formations homologuées par la H2A, lesquelles totalisent au moins 90 heures. Les personnes associées, dirigeantes ou salariées des organismes tiers indépendants (OTI) accrédités avant le 1er janvier 2026 pour vérifier la déclaration de performance extra-financière sont réputées satisfaire aux conditions prévues aux 6° et 7° du II de l'article L. 822-4 du code de commerce, à condition de justifier de formations homologuées. Pour une structure, il faut avoir été accrédité OTI par le COFRAC, rappelle le Conseil national des barreaux en décembre 2024.

Ce mouvement vers la certification pousse les profils terrain à se former. À mon sens, la VAE et le CPF méritent un regard pour les professionnels en poste qui veulent formaliser leurs acquis.

Perspectives : un marché qui se professionnalise#

La directive Omnibus n'a pas tué le marché CSRD. Elle l'a filtré. À mon sens, les postes restent, mais les exigences augmentent. La réduction du nombre de points de données des ESRS (plus de 60 % de points obligatoires en moins, selon la Commission) ne simplifie pas le travail des équipes en place. Elle le concentre sur l'essentiel, ce qui demande paradoxalement plus de compétence, pas moins.

Sur ce point, j'avoue que je ne sais pas encore si le report va jouer en faveur des candidats ou des employeurs. Le report de la vague 2 à l'exercice 2027 donne du temps aux entreprises pour recruter les bons profils. Deux ans, c'est suffisant pour former un analyste ESG junior ou pour qu'un responsable QSE en poste se spécialise en reporting CSRD. Mais deux ans, c'est court si personne ne lance le mouvement.

Les PME, même non soumises, auront intérêt à connaître la norme volontaire, en vigueur depuis le troisième jour suivant sa publication du 21 septembre 2026 et applicable aux exercices commençant le 1er janvier 2027 ou après. Pas par altruisme. À mon sens, leurs clients soumis à la CSRD leur demanderont les données qu'elle prévoit, et mieux vaut les produire soi-même que de se les voir imposer dans l'urgence.

Pour les candidats, mon avis est net : la double compétence et une certification reconnue valent l'investissement. Les métiers de l'environnement qui recrutent en 2026 partagent, à mon sens, un point commun. Ils exigent de savoir lire un texte réglementaire et de le traduire en action opérationnelle. La CSRD ne fait pas exception.

Sources#

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