Score moyen du CAC 40 en matière de biodiversité : 32 sur 100. C'est le verdict du rapport publié par le WWF France le 19 février 2026, après analyse des rapports de durabilité des entreprises du CAC 40. Kering arrive en tête avec 52 sur 100, tandis que le groupe de queue (Publicis Groupe, BNP Paribas, Société générale, Thales, Orange) se situe entre 18 et 26. Le WWF relève un manque de traçabilité des approvisionnements et des plans d'action « pas (ou très peu) structurés ».
Ce score est un signal d'alarme. Les entreprises de la vague 1 de la CSRD, soit les entités d'intérêt public de plus de 500 salariés déjà soumises à la NFRD, relevaient de la directive (UE) 2022/2464 à partir des exercices commençant le 1er janvier 2024, avec un premier rapport portant sur l'exercice 2024. Les seuils ont depuis été relevés par l'Omnibus, comme on le voit plus bas. La norme ESRS E4, consacrée à la biodiversité et aux écosystèmes, s'applique dès que la biodiversité ressort comme matérielle dans l'analyse de double matérialité.
Le coordinateur biodiversité en entreprise est le poste qui prend en charge ce sujet.
Mise à jour, 11 octobre 2026#
Quand cet article a été écrit en mars, la révision des ESRS issue de l'Omnibus restait un avis technique de l'EFRAG. Depuis, la Commission a adopté l'acte délégué le 3 juillet 2026. Il a paru au Journal officiel de l'Union européenne du 21 septembre 2026 sous la forme du règlement délégué (UE) 2026/1563, qui remplace les normes de l'annexe I du règlement délégué (UE) 2023/2772. Il entre en vigueur le 10 novembre 2026 et s'applique aux exercices commençant le 1er janvier 2027 ou après cette date. Pour les exercices commençant en 2026, les entreprises déjà soumises aux ESRS peuvent appliquer la version actuelle, avec ou sans certains allègements, ou la version révisée, et doivent indiquer clairement laquelle dans leur état de durabilité.
Pour le coordinateur biodiversité, le cœur du métier ne change pas : ESRS E4 ne s'applique que si la biodiversité est liée à des impacts, risques et opportunités matériels. À partir de l'exercice 2027, le chapitre à produire est celui de la version révisée, décrite plus bas.
Côté français, le projet de loi DDADUE 2026 (n° 118), adopté en première lecture au Sénat le 18 février 2026 puis transmis à l'Assemblée nationale le 20 février, modifie le code de commerce : il remplace la référence aux « grandes entreprises » par des seuils « fixés par décret » de chiffre d'affaires net et de nombre moyen de salariés. Le texte du Sénat ne chiffre donc pas lui-même ces seuils. La France a jusqu'au 19 mars 2027 pour transposer le volet CSRD de la directive Omnibus I, exercice qui me semble plus pénible ici qu'ailleurs puisqu'elle avait déjà transposé le texte initial par l'ordonnance n° 2023-1142 du 6 décembre 2023 et doit donc le détricoter.
À mon sens, un coordinateur qui sait dimensionner un chapitre E4 sur la version révisée est mieux armé qu'un profil resté calé sur les 122 points de données d'origine. La norme bouge, la compétence aussi.
Ce que le poste recouvre (et ce qui le distingue du chargé de mission biodiversité)#
Le titre varie : chef de projet biodiversité, responsable biodiversité, spécialiste biodiversité. L'intitulé dépend de l'entreprise.
Le coordinateur biodiversité en entreprise travaille sur l'information publiée au titre de la CSRD. Il produit le chapitre E4 du rapport de durabilité, le plan de transition pour la biodiversité (quand il existe et qu'il est public) et l'identification des sites et des activités liés à des zones sensibles pour la biodiversité. Il s'appuie sur la double matérialité, le Global Biodiversity Score (GBS), les cibles SBTN, les recommandations TNFD.
Le chargé de mission biodiversité, métier voisin décrit par l'OPIIEC, inventorie les espèces, évalue l'impact d'un projet, conçoit des actions de compensation et assure la concertation avec les riverains et les associations. Les deux postes partagent un socle en écologie. À mon avis, le coordinateur en entreprise doit en plus comprendre le reporting financier et la logique de la double matérialité, que les formations d'écologie n'enseignent pas toujours.
ESRS E4 : ce que la norme exige concrètement#
La norme ESRS E4 ne s'applique pas automatiquement à toutes les entreprises soumises à la CSRD. Elle est conditionnelle : l'état de durabilité fournit les informations d'ESRS E4 si le thème est lié à des impacts, risques et opportunités matériels. Ce point change la donne pour dimensionner le poste.
Quand E4 est activé, la version publiée au règlement délégué (UE) 2026/1563 compte les exigences de publication E4-1 à E4-5 :
- E4-1, le plan de transition pour la biodiversité et les écosystèmes, à décrire si l'entreprise en a défini un et en a rendu publiques les principales caractéristiques ;
- E4-2, les politiques, dont l'amélioration de la traçabilité des produits, composants et matières premières ayant des impacts matériels sur la biodiversité, et les sites situés à l'intérieur ou à proximité d'une zone sensible ;
- E4-3, les actions et ressources, avec, pour toute compensation, son objectif, ses effets financiers, la zone concernée, le type de compensation, les critères de qualité appliqués et les normes respectées ;
- E4-4, les cibles ;
- E4-5, les indicateurs, avec les lieux d'implantation concernés et la liste des zones sensibles touchées par des impacts négatifs matériels.
La norme E4 d'origine comportait 122 points de données dont 58 obligatoires. Les données de localisation (E4-5) et de compensation (E4-3) figurent toujours dans la version révisée. Concrètement, le travail de collecte et de structuration reste conséquent.
Parmi les vecteurs d'altération de la biodiversité, la norme retient le changement climatique, la pollution, le changement d'affectation des terres, le changement d'usage des eaux douces et des mers, l'exploitation directe d'organismes et les espèces exotiques envahissantes. Le climat et la pollution sont couverts par ESRS E1 et E2, les autres par E4.
Selon l'analyse de l'EFRAG citée par Toovalu, environ 40 % des entreprises soumises à la CSRD utilisent l'ESRS E4 en moyenne, et ce taux varie fortement selon les secteurs.
L'effet Omnibus : moins d'entreprises, des besoins maintenus chez les plus grandes#
Le paquet Omnibus I est la directive (UE) 2026/470. Le Parlement européen a voté sa position le 16 décembre 2025, le Conseil a adopté l'acte le 24 février 2026 et la directive a été publiée au Journal officiel de l'Union européenne le 26 février 2026. Elle limite l'obligation de publier des informations de durabilité aux entreprises de plus de 1 000 salariés dont le chiffre d'affaires net dépasse 450 millions d'euros. Les États membres ont jusqu'au 19 mars 2027 pour transposer ce volet.
La vague 2 (grandes entreprises hors NFRD) s'applique aux exercices commençant le 1er janvier 2027. La vague des PME cotées est supprimée : le report à l'exercice 2028 venait de la directive (UE) 2025/794, et la directive 2026/470 supprime ce point.
Est-ce que ça rend le poste de coordinateur biodiversité moins pertinent ? Je ne pense pas, et voici pourquoi.
Les entreprises qui restent dans le périmètre sont les plus grandes. Je m'attends à ce qu'elles demandent à leurs fournisseurs, y compris aux ETI sorties du périmètre, des données sur leurs impacts nature. La cible 15 du cadre de Kunming-Montréal demande aux États de prendre des mesures pour que les grandes entreprises et les institutions financières suivent, évaluent et publient de façon transparente leurs risques, dépendances et impacts sur la biodiversité, y compris le long de leurs chaînes d'approvisionnement et de valeur.
Le cadre mondial Kunming-Montréal, adopté en décembre 2022 lors de la COP15, fixe 23 cibles pour 2030. Les Parties à la Convention sur la diversité biologique doivent en faire le premier examen mondial à la COP17, à Erevan, du 19 au 30 octobre 2026. Ce n'est pas un cadre lointain.
Reste que le signal envoyé aux entreprises moyennes par l'Omnibus est ambigu. Je ne suis pas convaincu que les ETI de 500 à 1 000 salariés, sorties du périmètre, maintiendront d'elles-mêmes ce type de recrutement. Mon intuition est que la dynamique ralentira chez elles.
Les outils du poste : GBS, ACT Biodiversité, SBTN, TNFD#
Le coordinateur biodiversité en entreprise doit maîtriser une série d'outils et de cadres.
Le Global Biodiversity Score (GBS), développé par la CDC Biodiversité et lancé en 2020, produit une métrique unique : l'Abondance Moyenne des Espèces (MSA). Plus de 50 entreprises, institutions financières et sociétés de conseil sont membres du Club B4B+. Schneider Electric a été la première entreprise au monde à publier son empreinte biodiversité de bout en bout. La CDC Biodiversité propose des formations sur le GBS.
ACT Biodiversité est une méthodologie co-construite par l'OFB et l'ADEME. Elle a été présentée en juin 2026, après un essai grandeur nature auprès de 13 grandes entreprises françaises. Le début de l'intégration de la biodiversité dans la méthodologie ACT Pas-à-Pas est annoncé, avec une publication envisagée en 2027.
Le SBTN (Science Based Targets for Nature) propose une méthodologie en cinq étapes : évaluer, prioriser, fixer des cibles, agir, suivre. Le réseau compte plus de 80 partenaires. La TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures) propose un cadre de recommandations de publication d'informations liées à la nature.
Rémunérations : les repères publics#
Selon l'APEC, le salaire brut annuel médian proposé dans les offres d'emploi cadre pour un métier vert est de 43 000 euros en 2024, au même niveau que pour l'ensemble des offres cadre. Le domaine « environnement et agronomie » fait exception, avec 39 000 euros.
Comme exemple d'offre, la Fondation pour la Nature et l'Homme recrutait en 2026 un responsable biodiversité senior en CDI, statut cadre, pour un niveau bac+5 et une dizaine d'années d'expérience, avec une rémunération annoncée de 44 000 à 48 000 euros bruts par an. C'est une annonce du secteur associatif, pas une grille d'entreprise privée.
Formations : le socle et les compléments#
Le master Biodiversité, Écologie et Évolution (BEE) est proposé par 32 établissements en France (Onisep), dont l'université Paris-Saclay.
Le Mastère Biodiversité et Génie Écologique de l'ISE prépare un titre de niveau 7, « Manager en ingénierie et droit de l'environnement » (RNCP40155), en alternance : une semaine à l'école, deux à trois semaines en structure d'accueil.
Pour les profils déjà en poste, la CDC Biodiversité forme à la mesure d'empreinte biodiversité via le GBS.
À mon avis, la double compétence (écologie et reporting CSRD, GBS, double matérialité) est le plancher pour ce poste.
Le marché de l'emploi cadre#
L'APEC rapporte une hausse de 56 % des offres cadre liées aux métiers verts entre 2019 et 2023 (contre 4,5 % pour l'ensemble des offres). Leur part dans l'ensemble des offres cadre est passée de 1,8 % en 2019 à 2,9 % en 2024. Selon l'étude APEC de décembre 2025, 13 710 offres cadre ont été publiées sur apec.fr en 2024 pour un métier vert, soit 11 % de moins qu'en 2023, contre 16 % de baisse pour l'ensemble des offres.
Parmi les candidats à ces offres, 87 % ont un diplôme de niveau bac+5 ou plus (79 % en moyenne) et 42 % sont issus d'une école d'ingénieur. L'Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes concentrent respectivement 25 % et 15 % des offres, soit 4 offres sur 10.
À l'échelle nationale, 361 000 personnes exercent un métier à finalité environnementale, soit 1,2 % de la population en emploi, et 76 % des salariés de ces métiers ont un contrat stable (CDI ou fonctionnaire).
Pour les profils CSRD et recrutement 2026, la compétence biodiversité complète le profil climat/carbone. À mon sens, une entreprise qui doit remplir E4 cherche à la fois de l'écologie de terrain et la maîtrise du cadre normatif ESRS.
Ce que je recommande concrètement#
Le poste de coordinateur biodiversité en entreprise est réel et documenté. Mais il faut être lucide sur deux points.
Le premier : l'Omnibus a réduit le périmètre CSRD. Le nombre d'entreprises directement concernées a diminué. À mon avis, la demande restera portée par les plus grandes entreprises encore dans le périmètre. Pour les ETI, le signal est moins clair. Côté marché, et avant l'Omnibus, l'APEC notait déjà un recul de 11 % des offres cadre métiers verts en 2024.
Le second : le poste exige une double compétence que peu de formations dispensent aujourd'hui en bloc. Un écologue pur aura besoin de se former au reporting ESRS et à la finance d'entreprise. Un profil RSE/compliance aura besoin de comprendre ce qu'est un inventaire faunistique ou un service écosystémique. Les deux parcours convergent vers le même poste, mais par des chemins différents.
Pour ceux qui envisagent une reconversion vers l'environnement, le coordinateur biodiversité en entreprise est un poste porté par le cadre réglementaire européen tant que la CSRD s'applique. Le consultant environnement indépendant reste une option pour les profils seniors qui veulent diversifier leurs missions.
Pour comparer avec d'autres postes du secteur, le salaire des métiers de l'environnement rassemble d'autres repères.
Sources#
- Carenews, rapport du WWF France sur le CAC 40 (février 2026), Évaluation biodiversité du CAC 40
- Directive (UE) 2026/470, Omnibus I
- Directive (UE) 2022/2464, CSRD
- Directive (UE) 2025/794, Origine du report 2028 des PME cotées, ensuite supprimé par la directive 2026/470
- Règlement délégué (UE) 2026/1563, ESRS révisées
- Sénat, projet de loi DDADUE n° 118 (2025-2026), Navette parlementaire
- Sénat, texte adopté n° 63, Modifications du code de commerce sur le rapport de durabilité
- Toovalu, ESRS E4, Norme biodiversité et écosystèmes
- CDC Biodiversité, CSRD et biodiversité, Cadre réglementaire
- CDC Biodiversité, Global Biodiversity Score, Outil GBS
- ACT Initiative, ACT Biodiversity, Méthodologie ADEME/OFB
- SBTN, Science Based Targets for Nature
- TNFD, Taskforce on Nature-related Financial Disclosures
- CBD, cadre mondial de Kunming-Montréal, Adoption à la COP15 et 23 cibles pour 2030
- CBD, cible 15 du cadre de Kunming-Montréal, Entreprises et divulgation
- UNCCD, COP17 de la CDB, Premier examen mondial
- APEC, Métiers verts et emploi cadre (décembre 2025), Offres, salaires et candidats
- APEC, Métiers verts +56 % (septembre 2024), Croissance offres cadre
- Makesense, offre de responsable biodiversité senior, Exemple de rémunération
- ISE, Mastère Biodiversité, Formation
- OPIIEC, Spécialiste en biodiversité, Missions du métier
- Onisep, Master BEE, Formations universitaires
- SDES, Métiers environnementaux France 2025, Données macro emploi





