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Paysagiste concepteur DEP : débouchés et emploi 2026

Paysagiste concepteur DEP : débouchés et emploi 2026

Par Philippe D.

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Philippe D.

Pourquoi un titre de paysagiste mérite-t-il d'être protégé par la loi alors que celui d'architecte d'intérieur ne l'est pas ? La question est revenue dans une conversation avec une étudiante de prépa qui hésitait entre l'ENSAP Bordeaux et une école d'architecture classique. Réponse courte : parce que depuis l'article 174 de la loi n°2016-1087 du 8 août 2016, le législateur a voulu distinguer la conception du paysage de la simple exécution de jardins. Réponse longue, c'est tout le sens de la réforme DPLG vers DEP que je vais détailler ici.

L'objectif : poser les chiffres exacts du diplôme d'État de paysagiste en 2026, les voies d'accès, les débouchés, et lever quelques approximations qui circulent sur le nombre d'écoles habilitées.

1. Du DPLG au DEP : la réforme de 2015 et ses suites#

Le diplôme historique, le DPLG (Diplômé Par Le Gouvernement), créé en 1961, a été remplacé par le diplôme d'État de paysagiste (DEP) suite au décret n°2014-1400 et aux arrêtés du 9 janvier 2015. La rentrée 2015 a marqué le démarrage effectif du DEP, et les derniers diplômés DPLG ont terminé leur cursus en 2018.

Le grade master a été formalisé par l'arrêté du 28 mai 2015 (JORFTEXT000030732358), puis mis à jour par l'arrêté du 6 juin 2024, qui modifie celui du 17 août 2020 sur l'ouverture de la formation et l'attribution du grade. Concrètement, cela signifie que le DEP est désormais aligné sur le système LMD européen, niveau 7 au cadre national des certifications.

Un an plus tard, la loi n°2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité a créé, dans son article 174, le titre protégé de « paysagiste concepteur ». Le titre n'est accessible qu'aux titulaires du DEP et, par dérogation, aux professionnels validant sept compétences clés en conception devant une commission ministérielle.

2. Le diplôme RNCP40412 : ce que dit la fiche#

La fiche actuellement active s'intitule « DE - Diplôme d'État de paysagiste », code RNCP40412, niveau 7. Enregistrement : 28 mars 2025. Échéance : 31 août 2030. Le précédent code RNCP24148 est inactif depuis le 1er janvier 2025.

Certificateur principal : l'École Nationale Supérieure de Paysage (ENSP, SIRET 19782019400029). Certificateurs associés : ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire, ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, ministère de la Culture. Trois codes NSF couvrent le périmètre : 214 (aménagement paysager), 214n (études paysagères, conseil en paysage), 341 (aménagement du territoire, urbanisme).

Prenons un exemple parlant : un titulaire DEP coche à la fois la case « concepteur » au sens architecture-urbanisme et la case « expert biodiversité » au sens des bureaux d'études. Cette double casquette explique en partie le taux d'insertion qu'on verra plus loin.

3. Quatre écoles, pas cinq : le concours commun#

Point d'attention à manier avec précaution. Le DEP est délivré par quatre établissements habilités, qui recrutent via un concours commun :

  • École Nationale Supérieure de Paysage (ENSP), campus de Versailles et campus de Marseille (un seul établissement, deux sites).
  • École de la nature et du paysage, intégrée à l'INSA Centre-Val de Loire à Blois.
  • ENSAP Bordeaux (École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Bordeaux).
  • ENSAP Lille (École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Lille).

Certaines sources mentionnent un cinquième établissement à Angers. Précision utile : Angers (Institut Agro Rennes-Angers) délivre un diplôme d'ingénieur paysagiste, distinct du DEP. Les ingénieurs paysagistes peuvent accéder au titre protégé de paysagiste concepteur par la voie dérogatoire (commission ministérielle), mais ils ne sont pas titulaires du DEP stricto sensu. Écrire « cinq écoles délivrent le DEP » est inexact.

4. Trois ans, prérequis Bac+2#

La formation dure trois ans, structurée selon le schéma LMD : Licence 3, Master 1, Master 2. Le concours commun en première année exige un Bac+2 minimum : BTSA, BTS, DUT, L2, classes préparatoires. L'admission directe en deuxième année se fait sur titre, pour les profils déjà engagés (architecture, urbanisme, agronomie). L'apprentissage est ouvert dès la deuxième année. La VAE existe également, marginale en volume.

Le cursus combine projets de paysage en atelier, sciences du vivant (écologie, botanique, pédologie), sciences humaines (histoire, géographie, sociologie), techniques (CAO, hydrologie, génie végétal) et stages en agence ou en collectivité. La validation finale repose sur un mémoire de master et un projet de fin d'étude (PFE). Programme Erasmus+ EMiLA disponible avec Barcelone, Édimbourg, Amsterdam, Hanovre.

5. Insertion : 86,4 % en emploi à deux ans#

Les chiffres d'insertion publiés par l'ENSP tiennent la route et sont rares dans le paysage des diplômes verts. À deux ans après la sortie : 86,4 % des diplômés en emploi. Répartition sectorielle : 81 % secteur privé, 10 % secteur associatif et ONG, 9 % secteur public. Type de contrat : 60 % en CDI, 25 % en entrepreneuriat ou statut indépendant.

Salaire annuel moyen ENSP : 27 000 € brut. Sur le marché global, HelloWork donne pour un débutant en secteur privé une fourchette de 2 000 à 2 500 € brut mensuels (soit 1 560 à 1 950 € net), et pour le public un point de départ autour de 1 900 € brut mensuels en collectivité. Après expérience, la médiane se situe entre 3 500 et 5 000 € brut mensuels. Un indépendant établi peut dépasser 50 000 € brut annuels (donnée à manier avec prudence : la dispersion est large selon la zone et le portefeuille de clients).

6. La grille convention collective IDCC 7018 au 1er janvier 2026#

L'avenant n°46 à la convention collective des entreprises du paysage (IDCC 7018), applicable au 1er janvier 2026, fixe les grilles suivantes pour les cadres :

  • Position C : 38 147 €/an brut.
  • Position C5 : 48 510 €/an brut.

Pour les TAM (techniciens, agents de maîtrise), forfait horaire 35h : 2 242 € à 2 756 €/mois ; forfait jours (218 jours) : 2 578 € à 3 169 €/mois. Ces grilles s'appliquent aux entreprises du paysage adhérentes, pas aux bureaux d'études architecture-urbanisme (qui relèvent d'autres conventions, notamment la Syntec).

Côté fonction publique territoriale, les techniciens territoriaux évoluent de 1 727 € à 2 440 € brut mensuel sur les 13 échelons hors primes. La rémunération réelle dépend largement du régime indemnitaire (RIFSEEP), variable selon la collectivité.

7. Où vont les diplômés ?#

Les débouchés se concentrent sur quelques familles d'employeurs.

Bureaux d'études et agences de paysage. Le débouché historique. Maîtrise d'œuvre paysagère, étude d'impact, plans de gestion, projets urbains. C'est là que les CDI se concentrent.

Collectivités territoriales. Communes, métropoles, départements, régions. Postes de chargé de mission espaces verts, paysagiste-conseiller au sein des CAUE (Conseils d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement, présents dans chaque département). Concours de la fonction publique nécessaire pour les postes statutaires.

Paysagistes-conseils de l'État. Réseau national rattaché au ministère, intervient en appui des services déconcentrés sur les projets sensibles (sites classés, opérations d'aménagement structurantes). Volume restreint, recrutement par appel à candidatures.

Parcs Naturels Régionaux et autres établissements publics. Conservatoires du littoral, ONF, Office français de la biodiversité. Postes mêlant conception et gestion d'espaces protégés.

Indépendants et agences propres. 25 % de la promo selon l'ENSP. Activité concentrée sur les particuliers haut de gamme, les promoteurs immobiliers, et le sous-traitance pour bureaux d'études plus gros.

Entreprises de travaux paysagers. Plus rare en sortie de DEP : ces entreprises recrutent davantage des BTSA Aménagements paysagers (RNCP38349, niveau 5). Le DEP y trouve sa place sur des fonctions bureau d'études internes ou direction technique.

Le métier croise plusieurs spécialités voisines. Pour la dimension biodiversité-urbanisme, voir notre fiche paysagiste-écologue, un profil hybride qui explose avec les exigences ZAN et ERC. Pour le volet conformité européenne, voir CSRD : profils recherchés en 2026, où le DEP est souvent associé à un master complémentaire reporting. Pour la dimension sensibilisation et animation, la Fresque de l'Économie Circulaire reste un complément utile, sans valeur certifiante propre.

8. Ce que je conseille à un candidat#

Le DEP n'est pas un raccourci. Trois ans après un Bac+2 sélectif, c'est un investissement long. Mais c'est l'un des rares diplômes verts à offrir simultanément un titre protégé, un grade master reconnu, un taux d'insertion solide, et une grille conventionnelle claire pour les premières années.

Si vous visez la maîtrise d'œuvre paysagère et la dimension projet : DEP, sans hésiter. Si vous visez l'ingénierie technique du génie végétal sans dimension conception : un cursus ingénieur (Angers) suffit et évite le concours commun. Si vous visez l'animation territoriale et l'écologie de gestion : un master Environnement complété d'un BTSA spécialisé sera plus rapide et moins coûteux, au prix de la perte du titre protégé.

La question n'est pas « le DEP en vaut-il la peine », mais « quel est mon angle de métier dans cinq ans ». Si la réponse contient le mot « concevoir », la voie est tracée.

Sources#

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