Le marché de l'emploi recule. France Travail le dit noir sur blanc : 2 274 950 projets de recrutement en 2026, soit -6,5 % par rapport à 2025. Moins 158 000 postes environ. La construction chute de 16,4 %, le plus fort recul de tous les secteurs.
Et pourtant, un secteur fait exactement l'inverse.
L'extraction, l'énergie et la gestion des déchets affichent +24,8 % selon le communiqué BMO 2026 de France Travail. Citation verbatim : « L'industrie extractive et la gestion des déchets enregistrent une hausse significative (+24,8 %). » Pas une nuance, pas une approximation. +24,8 % quand le reste recule.
La vraie question, c'est pourquoi.
La baisse générale : le contexte sans romantisme#
416 588 établissements ont répondu à l'enquête BMO entre octobre et décembre 2025. 23 % d'entre eux prévoient de recruter, contre 24 % l'an dernier. Le taux global de difficulté de recrutement tombe à 43,8 %, son niveau le plus bas depuis 2019 (il était à 50,1 % en 2025).
Moins de pénurie, c'est bien. Mais moins de postes à pourvoir, c'est moins d'opportunités pour ceux qui cherchent.
La construction incarne le cas extrême : -16,4 % de projets, 65 % de taux de difficulté de recrutement, soit le plus élevé de tous les secteurs. Un secteur qui recrute moins ET qui a toujours du mal à trouver les profils. Ce n'est pas une contradiction : c'est le signe d'un marché qui se comprime sans résoudre ses problèmes structurels de compétences.
La santé et le social résistent mieux : 322 000 projets en 2026, quasi stables (+0,4 %), avec un taux de difficulté à 54 %. Les aides à domicile et accompagnants de vie progressent de +13,3 %, ce qui s'explique sans avoir besoin du BMO : la démographie ne laisse pas le choix.
Le recul de 2026 (-6,5 %) est moins brutal que celui de 2025 (-12,5 % vs 2024). Le marché se contracte, mais il ralentit sa contraction. C'est la seule bonne nouvelle du tableau général.
+24,8 % dans extraction/énergie/déchets : ce que ça veut dire concrètement#
Ce chiffre ne sort pas du chapeau. Il correspond à des besoins terrain mesurables, poste par poste.
Les données granulaires de France Travail détaillent les métiers concernés. Les ouvriers peu qualifiés de l'extraction et des travaux publics représentent 8 810 projets de recrutement, avec un taux de difficulté de 38,3 %. Les ouvriers qualifiés du même périmètre : 8 590 projets, mais 60,9 % de difficulté. Soit le double de tension pour à peu près le même volume. Les employeurs cherchent des gens avec des compétences spécifiques et ne les trouvent pas facilement.
Les agents d'assainissement et de traitement des déchets concentrent 15 050 projets, avec 30,5 % de difficulté et 28,9 % de part saisonnière. C'est le poste le plus volumineux du lot, et le moins tendu en termes de recrutement. Les pilotes d'installations industrielles lourdes (énergie incluse) comptent 6 170 projets à 30,0 % de difficulté.
Les techniciens spécialisés en distribution d'eau et gestion des déchets, eux, affichent un profil différent : seulement 1 180 projets mais 45,8 % de difficulté. Peu de postes, beaucoup de mal à les pourvoir. Ce sont des profils techniques pointus, souvent issus de formations certifiantes spécifiques.
La lecture globale : ce secteur a besoin de gens à tous les niveaux, du manuel qualifié au technicien spécialisé. Et la demande monte parce que les infrastructures se développent, pas parce que les conditions de travail se sont soudainement améliorées au point d'attirer des reconvertis en masse.
J'hésite sur ce point : est-ce que ce +24,8 % reflète surtout le nucléaire ou une dynamique plus large ? Les données BMO ne le tranchent pas clairement. La ventilation par métier suggère que les déchets et les travaux publics tirent autant que l'énergie stricto sensu.
Le cas nucléaire : 100 000 postes d'ici 2035#
France Travail a publié un communiqué séparé sur ce sujet. Le nucléaire doit recruter 100 000 personnes d'ici à 2035, soit entre 6 000 et 10 000 recrutements par an. Le secteur emploie déjà plus de 250 000 personnes en emplois directs et indirects.
Ce qui change la donne : deux tiers de ces recrutements visent des profils de niveau CAP à Bac+3. Pas des ingénieurs. Des techniciens, des opérateurs, des maintenanciers. Des formations en alternance accessibles à beaucoup de profils, y compris à des gens en reconversion qui n'ont pas dix ans d'université derrière eux.
C'est là que ça devient intéressant. Le nucléaire ne recrute pas que des docteurs en physique. Il recrute surtout des gens capables de tenir des postes techniques rigoureux, de respecter des procédures, de travailler en environnement réglementé. Ce profil existe dans l'industrie, dans la maintenance, dans les travaux publics.
La réalité du terrain : une partie des 8 590 projets d'ouvriers qualifiés extraction/TP recensés dans le BMO alimente indirectement cette dynamique. Les chantiers du grand carénage, les projets EPR2, la construction des nouvelles installations : tout ça crée de la demande sur des métiers de base avant de créer de la demande sur des métiers d'exploitation.
41 % des projets de recrutement BMO 2026 sont en CDI, toutes catégories confondues. Dans le nucléaire, la proportion de postes stables est historiquement plus élevée. C'est un argument qui compte quand on compare avec la restauration ou l'agriculture, massivement représentées dans les volumes les plus importants du BMO (aides de cuisine : 97 100 projets, serveurs : 93 800, viticulteurs et arboriculteurs : 83 800).
Pourquoi ce secteur recrute quand tout baisse#
La réponse courte : parce que ses besoins ne dépendent pas du cycle économique de la même façon.
La construction souffre de la baisse de l'immobilier et du gel des projets publics. La restauration fluctue avec le pouvoir d'achat. L'extraction et l'énergie répondent à des investissements d'infrastructure de long terme : nouveaux réacteurs, modernisation des réseaux, développement des capacités de traitement des déchets. Ces chantiers ont été votés, financés, lancés. Ils avancent indépendamment du moral des ménages.
La gestion des déchets, en particulier, suit une trajectoire propre. Les obligations réglementaires de tri et de traitement montent. Les collectivités et les entreprises doivent s'équiper, s'organiser, recruter des gens capables de faire tourner ces systèmes. Ce n'est pas une tendance conjoncturelle. C'est une transformation de fond des obligations légales, portée depuis des années par des réglementations successives.
Le recul global du BMO (-6,5 %) est réel. Mais il masque des dynamiques très différentes selon les secteurs. Pour quelqu'un qui cherche à se positionner sur le marché du travail en 2026, la lecture sectorielle vaut plus que le chiffre global. Un marché qui recule en moyenne peut très bien avoir des poches en forte croissance.
Extraction, énergie, déchets : +24,8 %. Le reste du BMO peut continuer à baisser.
Sources#
- https://www.francetravail.fr/candidat/decouvrir-le-marche-du-travail/besoins-en-main-doeuvre.html
- https://www.francetravail.org/accueil/actualites/2026/enquete-bmo-2026-france-travail-deploie-sa-strategie-sectorielle-face-a-pres-de-2-3-millions-de-projets-de-recrutement.html?type=article
- https://statistiques.francetravail.org/bmo/geo
- https://www.francetravail.org/accueil/communiques/2026/le-nucleaire-recrute-100-000-talents-recherches-d-ici-a-2035.html?type=article
- https://www.lafinancepourtous.com/2026/04/24/quels-besoins-en-main-d-oeuvre-en-france-en-2026/
- https://www.helloworkplace.fr/enquete-bmo-france-travail-2026/





