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Médiateur faune sauvage : le mythe du métier anti-loup

Médiateur faune sauvage : le mythe du métier anti-loup

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

Tapez « médiateur faune sauvage » dans un moteur de recherche en pensant loup et ours. Vous allez tomber sur des chauves-souris coincées dans des combles et des fouines sous la toiture. Décevant, je sais.

Le terme existe pourtant bel et bien. La LPO a monté un réseau « médiation faune sauvage » en 2019, relayé par des associations locales comme Corrèze Environnement. Sauf que le job, c'est du bénévolat, et ça traite la cohabitation avec la petite faune urbaine et périurbaine : chauves-souris, fouines, loirs, serpents, blaireaux, grenouilles qui font trop de bruit la nuit. Rien, absolument rien, à voir avec le loup, l'ours ou le lynx. Un médiateur faune sauvage au sens strict n'ira jamais poser un filet autour d'un troupeau en alpage.

Alors autant le dire tout de suite : si vous cherchez à bosser sur les conflits entre humains et grands prédateurs, ce n'est pas ce mot-clé qu'il faut retenir. Les vrais métiers portent d'autres noms. Et leur marché de l'emploi mérite qu'on arrête de vous vendre du rêve.

Les vrais intitulés, ceux qui ne font pas rêver sur une plaquette#

Sur le terrain de la prédation, plusieurs fonctions existent réellement. Aucune ne s'appelle « médiateur faune sauvage ».

Le médiateur pastoral saisonnier. C'est probablement ce qui se rapproche le plus de l'image que vous vous faites. Le Parc national du Mercantour recrutait en 2025 un médiateur pastoral en contrat saisonnier, 35 heures par semaine, basé à Nice. Missions : géolocalisation des troupeaux, animation, dialogue entre éleveurs, bergers et randonneurs. Profil demandé : bac+3 à bac+5 en médiation, géomatique, agronomie ou sciences de l'environnement. Un vrai poste, un vrai diplôme derrière. Mais lisez bien le mot « saisonnier ».

Le berger d'appui. Le Parc national des Écrins a fait le bilan de sa saison : deux médiatrices pastorales pour sensibiliser les visiteurs, et trois bergers d'appui pour le boulot physique. Transport de matériel, pose de filets de protection, aide au gardiennage, soins aux animaux, recherche des brebis égarées. Ils sont mobilisables en priorité en cas d'urgence prédation. La saison dure environ trois mois et demi, sur 23 alpages. Encore un contrat qui s'arrête quand les troupeaux redescendent.

Le chargé de mission « Loup et Pastoralisme ». Là on monte en gamme. L'OFB recrute ce profil au sein de son service Aménagement, hors du cycle de mobilité classique. C'est un poste de coordination, pas de terrain permanent avec les brebis. Le genre de fiche de poste qui part vite et qui demande de l'expérience.

Les agents de la Brigade de l'OFB. La Brigade Loup a été créée en 2015 au sein de l'ex-ONCFS, puis intégrée à l'OFB au 1er janvier 2020. Ses missions : tirs de défense renforcée en appui à la protection des troupeaux, suivi hivernal du loup, constats de dommages, et formation des lieutenants de louveterie depuis 2017. Renommée depuis « Brigade Mobile d'Intervention Grands Prédateurs Terrestres », elle serait redéployée en Haute-Loire en 2026 selon la presse spécialisée.

Combien d'agents ? En 2020, le Sénat évoquait dix contractuels en CDD arrivant à échéance, avec un ministère qui jugeait leur pérennisation « non envisageable ». Aujourd'hui, les sources presse parlent de quatorze ou seize agents, sans date précise ni chiffre officiel vérifiable. Honnêtement, je n'irais pas plus loin que ça : entre dix et seize, personne ne semble d'accord, et je préfère un trou dans l'article qu'un chiffre inventé.

Le versant bénévole, celui qu'on oublie de mentionner#

Une bonne partie de la gestion des grands prédateurs repose sur des gens qui ne touchent rien.

Le lieutenant de louveterie, d'abord. Fonction historiquement dédiée à l'élimination du loup, du Moyen Âge jusqu'aux années 1930, réactivée par arrêtés préfectoraux depuis le retour du loup en 1992. Statut officiel : « collaborateur occasionnel du service public », nommé par le préfet pour cinq ans renouvelables. La rémunération est purement et simplement interdite par le code de l'environnement. On comptait environ 1 727 lieutenants en métropole et outre-mer en 2022, dont seulement 27 femmes. Bénévoles, tous.

Côté associatif, FERUS pilote le programme PastoraLoup. L'association, première structure nationale de protection de l'ours, du loup et du lynx, est née en 2003 de la fusion d'ARTUS et du Groupe Loup France. PastoraLoup existe depuis plus de vingt ans et envoie des volontaires en renfort de présence humaine auprès des troupeaux en zone à loup, dans les Alpes, le Jura, le Lot-Cantal, jusqu'en Bretagne. Du bénévolat, encore.

Si votre projet, c'est de vivre de la faune sauvage avec un salaire, regardez plutôt du côté des métiers statutaires connexes : le garde nature ou écogarde qui passe par un concours, ou le gestionnaire de réserve naturelle. Le soigneur de faune sauvage en centre, lui, non plus n'a rien à voir avec le loup, mais au moins l'intitulé ne ment pas sur le contenu.

Le marché, sans le vernis#

La réalité du terrain : la demande existe, elle est même sous tension. Au dernier comptage, l'OFB estimait la population de loups à 1 082 individus pour l'hiver 2024-2025, soit 69 de plus qu'en 2024, dans une fourchette de 989 à 1 187. Le plafond de prélèvement dérogatoire pour 2026 est fixé à 19 % de l'effectif, soit 205 loups. Côté Pyrénées, le Réseau Ours Brun recensait au moins 108 ours en 2025, pour une population totale estimée autour de 130. Le lynx boréal, lui, tournerait entre 150 et 200 adultes selon l'expertise MNHN-OFB, mais la donnée reste à prendre avec des pincettes.

Traduisez : plus de prédateurs, plus d'attaques, plus de troupeaux à protéger. En 2024, les constats d'attaques de loup ont progressé de 4,6 % et le nombre d'animaux victimes de 10,6 %. Le dispositif d'indemnisation a coûté près de 4,7 millions d'euros en 2023, sur 4 091 constats. Le Plan National d'Actions Loup 2024-2029, annoncé en février 2024 et mis à jour en juillet 2025, a accéléré les décisions de tir de défense sous 48 heures et relevé les indemnisations de 33 % pour les ovins, 25 % pour les caprins.

Bref, il y a du travail. Le problème n'est pas là.

Le problème, c'est la forme des contrats. Saisonnier de trois mois au Mercantour, mission de trois mois et demi aux Écrins, CDD à échéance à l'OFB, bénévolat chez FERUS et à la louveterie. Le poste stable et bien payé « médiateur grands prédateurs », celui qu'on imagine en lisant une reconversion enthousiaste, il n'existe pas en rayon. Et le salaire net d'un médiateur pastoral ? Introuvable dans les sources publiques. Quand une grille de rémunération est aussi discrète, ce n'est jamais bon signe.

Un ami en reconversion m'a demandé l'an dernier comment « devenir médiateur loup ». Je lui ai répondu la vérité : commence par un BTSA Gestion et Protection de la Nature, enchaîne sur des saisons, accepte de bosser gratuitement quelques étés, et prépare-toi à cumuler les contrats. C'est un parcours, pas un plan de carrière clé en main.

Alors si le sujet vous passionne vraiment, foncez, mais les yeux ouverts. Visez les intitulés qui recrutent : médiateur pastoral, berger d'appui, chargé de mission, et plus largement les métiers naturalistes de terrain. Oubliez le mot-clé « médiateur faune sauvage » : il vous ramènera toujours à ses chauves-souris.

Sources#

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