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Salaire ouvrier paysagiste : la grille est sous le SMIC

Salaire ouvrier paysagiste : la grille est sous le SMIC

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

La grille des salaires de la convention collective des entreprises du paysage est publique, gratuite, et la moitié de ses premiers niveaux ne vaut plus rien. Pas parce qu'elle serait contestée : parce que le SMIC est passé devant. Un ouvrier paysagiste qui lit sa position dans le tableau conventionnel et en déduit son salaire minimum se trompe depuis le 1er juin 2026. Voici comment je l'ai vérifié, avenant et arrêté à l'appui.

Les positions O.1 à O.3 de la grille du paysage affichent entre 12,12 € et 12,30 € de l'heure depuis le 1er janvier 2026. Le SMIC horaire, lui, est passé à 12,31 € le 1er juin 2026. Ces trois niveaux, plus E.1 et E.2, sont donc sous le plancher légal : c'est le SMIC qui s'applique à leur place.

Janvier 2026 : ce que l'avenant n° 46 a réellement fixé#

Le texte en vigueur est l'avenant n° 46 du 17 septembre 2025 à la convention collective nationale des entreprises du paysage (IDCC 7018). Son article 4 est explicite : « Les dispositions du présent avenant entreront en vigueur au plus tôt le 1er janvier 2026 ». Il a été étendu par un arrêté du 11 décembre 2025, publié au Journal officiel le 26 décembre 2025 selon l'Unep. C'est la dernière grille en date : aucune revalorisation postérieure ne s'y est ajoutée.

Le contenu, position par position, pour les six niveaux ouvriers. Ces montants sont lus dans les tableaux annexés à l'avenant, et la revalorisation qui les porte est de l'ordre de 1 % : par rapport à l'avenant n° 45 du 23 janvier 2025, la position O.1 passe de 12,00 € à 12,12 € de l'heure et la position O.6 de 13,43 € à 13,56 €.

PositionTaux horaire au 1er janvier 2026Mensuel pour 151,67 heuresPlancher réellement applicable depuis le 1er juin 2026
O.112,12 €1 838,24 €le SMIC, soit 12,31 € de l'heure
O.212,18 €1 847,34 €le SMIC, soit 12,31 € de l'heure
O.312,30 €1 865,54 €le SMIC, soit 12,31 € de l'heure
O.412,59 €1 909,53 €la grille, soit 12,59 € de l'heure
O.512,95 €1 964,13 €la grille, soit 12,95 € de l'heure
O.613,56 €2 056,65 €la grille, soit 13,56 € de l'heure

Un détail de vocabulaire qui compte quand on négocie : cette grille ne porte pas de coefficient hiérarchique. Elle fonctionne par positions, de O.1 à O.6. Parler de « coefficient » à un employeur du paysage, c'est parler d'autre chose que ce que le texte prévoit.

Pourquoi le SMIC passe-t-il devant la grille conventionnelle ?#

Parce que l'arrêté d'extension le dit lui-même. La note (1) qui accompagne l'avenant sur Légifrance porte cette réserve, mot pour mot : « Dispositions rendues obligatoires sous réserve de l'application des dispositions législatives et réglementaires relatives au salaire minimum de croissance. (Arrêté du 11 décembre 2025 - art. 1) ». Traduction pratique : la grille s'applique tant qu'elle reste au-dessus du SMIC, et pas une minute de plus.

Or le SMIC a bougé deux fois dans l'intervalle. Le décret n° 2025-1228 du 17 décembre 2025 l'a fixé à 12,02 € de l'heure au 1er janvier 2026, avec un minimum garanti à 4,25 €. L'arrêté du 22 mai 2026 l'a porté à 12,31 € de l'heure au 1er juin 2026, le minimum garanti passant à 4,35 €. Sur la base de 151,67 heures, ce taux horaire donne 1 867,02 € bruts par mois, un montant que l'arrêté ne publie pas tel quel mais qui se déduit directement de son taux.

L'Unep en tire la conséquence sans détour dans sa publication sur la grille au 1er juin 2026 : « le SMIC doit être appliqué comme minimum aux niveaux O1, O2, O3, E1 et E2 ». Cinq niveaux conventionnels rattrapés, dont les trois premières positions d'ouvrier. La grille de janvier continue pourtant de circuler en ligne comme si elle était le plancher réel du métier.

C'est le genre de situation où une grille conventionnelle devient un objet purement symbolique pour les premiers échelons. Est-ce que ça reste un outil utile pour un ouvrier qui négocie, ou juste un tableau que le droit du travail a vidé de sa fonction sur ses trois premières lignes ? Je penche pour le second, et cet arbitrage est discutable : la grille conserve son sens dès O.4, et personne ne reste à vie en O.1.

Pour situer ces montants dans un ensemble plus large, la synthèse des grilles de salaire des métiers de l'environnement donne d'autres points de comparaison, mais elle est cadrée sur des conventions de cadres et d'ingénieurs : elle ne traite pas ce poste, et l'écart entre les deux univers est précisément le sujet ici.

Ce qui se rajoute au taux horaire : panier et déplacements#

Le salaire de base n'est pas toute la rémunération d'un ouvrier du paysage, parce que le métier se pratique en déplacement. L'article 6 de la convention prévoit une indemnité de panier « d'un montant égal à la valeur de 2,5 MG en vigueur ». Le texte raisonne en minimums garantis, jamais en euros : avec un MG à 4,35 € depuis le 1er juin 2026, ces 2,5 MG représentent 10,88 €, valeur qui change à chaque révision du minimum garanti.

Les petits déplacements suivent la même logique, par tranches de distance entre le siège ou le dépôt et le chantier.

Rayon entre le siège ou le dépôt et le chantierIndemnité minimale
0 à 5 km3,0 MG
plus de 5 à 20 km4,5 MG
plus de 20 à 30 km5,5 MG
plus de 30 à 50 km6,5 MG
plus de 50 à 70 km, zones à faible densité7,0 MG

Ces montants sont des minimums conventionnels, et ils sont indexés sur une valeur qui bouge en même temps que le SMIC. Un ouvrier qui fait 40 km de dépôt à chantier touche, par jour, plus que ce que beaucoup de fiches métier appellent « les primes » sans jamais en donner le barème.

Combien un ouvrier paysagiste gagne-t-il réellement ?#

Le minimum conventionnel n'est pas le salaire observé. La seule donnée statistique publique que j'aie pu utiliser vient de l'observatoire régional CLEOR en Bourgogne-Franche-Comté, sur données Insee Base tous salariés : « 80 % des salariés gagnent entre 1 500 € et 2 000 € nets par mois ». Attention au périmètre, il est plus large que le métier : cette statistique porte sur le code ROME A1203, aménagement et entretien des espaces verts, qui englobe aussi les agents publics d'entretien des espaces verts, et pas seulement l'ouvrier paysagiste du privé.

Pour situer : le salaire net moyen mensuel en équivalent temps plein dans le secteur privé s'élevait à 2 733 € en 2024 selon l'Insee, et à 2 051 € pour les ouvriers tous secteurs confondus. Le paysage se situe donc dans le bas de la fourchette ouvrière, ce que la structure de sa masse salariale confirme : 2,09 milliards d'euros bruts hors charges patronales, plus 626 millions de charges, pour un ratio masse salariale sur chiffre d'affaires de 24,6 % selon les chiffres clés Unep 2024.

Deux voisins de métier permettent de mesurer l'écart avec des postes mieux positionnés : le paysagiste concepteur, dont le diplôme d'État confère le grade de master, et le paysagiste écologue, qui travaille sur le volet biodiversité des projets d'aménagement. Dans la fonction publique, les concours de jardinier de la Ville de Paris ouvrent une autre voie, avec sa grille propre, comme le concours d'ingénieur territorial en environnement pour les fonctions d'encadrement.

Un métier qui recrute massivement, et qui peine#

J'ai additionné les 517 lignes bassin d'emploi du fichier open data de l'enquête Besoins en main-d'œuvre 2026 de France Travail, pour le métier « Jardiniers des espaces verts et naturels ». Résultat : 30 695 projets de recrutement sur l'année, dont 12 715 jugés difficiles et 8 946 saisonniers. C'est une agrégation que j'ai faite moi-même à partir du fichier, France Travail ne publie pas ce total par métier tel quel.

La demande se concentre dans les Hauts-de-France (3 118 projets), la Nouvelle-Aquitaine (2 896), l'Auvergne-Rhône-Alpes (2 750), l'Île-de-France (2 664), le Grand Est (2 527), La Réunion (2 323) et Provence-Alpes-Côte d'Azur (2 315).

Côté branche, l'Unep mesure la tension dans ses chiffres clés 2024 : « plus d'une entreprise sur deux (54 %) déclare avoir rencontré des difficultés pour recruter du personnel permanent, en particulier sur les postes d'ouvriers », avec des zones particulièrement touchées, « le quart Nord-Est, la Corse et la Martinique ». Ces ouvriers représentent plus de 70 % des effectifs salariés de la branche, qui compte 33 550 entreprises, 140 300 actifs dont 112 400 salariés et 8,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. En 2024, 30 700 salariés ont été embauchés, soit un taux d'embauche de 27,5 %, contre 26 600 départs et un taux de sortie de 24 %.

(Une branche qui embauche 30 700 personnes par an, qui déclare à 54 % ne pas trouver d'ouvriers, et dont le bas de grille se fait rattraper par le SMIC entre deux revalorisations : les trois faits tiennent ensemble sans se contredire. Ils décrivent juste un marché où la pénurie annoncée ne se transmet pas au plancher salarial, et où c'est la loi, pas la négociation de branche, qui tient le bas de l'échelle.)

Les métiers voisins de l'arboriculture donnent un autre repère de tension : le circuit de recrutement des élagueurs grimpeurs tient à une certification spécialisée, ce qui change complètement le rapport de force à l'embauche.

Questions fréquentes#

Quel est le salaire minimum d'un ouvrier paysagiste en 2026 ?#

Depuis le 1er juin 2026, un ouvrier en position O.1, O.2 ou O.3 ne peut pas être payé moins que le SMIC, soit 12,31 € de l'heure, même si la grille de l'avenant n° 46 affiche respectivement 12,12 €, 12,18 € et 12,30 €. À partir de la position O.4, c'est la grille qui reprend la main, avec 12,59 € de l'heure.

La grille de la convention du paysage est-elle à jour ?#

Oui. L'avenant n° 46 du 17 septembre 2025, étendu par arrêté du 11 décembre 2025, s'applique depuis le 1er janvier 2026 et reste la dernière grille en vigueur. Il a relevé la position O.1 de 12,00 € à 12,12 € de l'heure, et la position O.6 de 13,43 € à 13,56 €, par rapport à l'avenant n° 45 du 23 janvier 2025.

Pourquoi le SMIC s'applique-t-il à la place de la grille ?#

Parce que l'arrêté d'extension du 11 décembre 2025 rend les dispositions de l'avenant obligatoires « sous réserve de l'application des dispositions législatives et réglementaires relatives au salaire minimum de croissance ». Dès qu'un niveau conventionnel passe sous le SMIC, le SMIC devient le plancher applicable pour ce niveau.

Combien vaut l'indemnité de panier dans le paysage ?#

La convention la fixe à 2,5 MG, c'est-à-dire 2,5 fois le minimum garanti. Ce minimum garanti est passé de 4,25 € au 1er janvier 2026 à 4,35 € au 1er juin 2026, ce qui porte le panier à 10,88 € depuis cette date. Le texte n'exprime jamais cette indemnité en euros, uniquement en MG.

Le métier recrute-t-il vraiment ?#

En additionnant les 517 lignes bassin d'emploi du fichier open data de l'enquête Besoins en main-d'œuvre 2026 de France Travail, on arrive à 30 695 projets de recrutement pour les jardiniers des espaces verts et naturels, dont 12 715 jugés difficiles et 8 946 saisonniers. France Travail ne publie pas ce total par métier tel quel. Côté employeurs, l'Unep relève que 54 % des entreprises ayant au moins un salarié ont eu des difficultés à recruter du personnel permanent, surtout sur les postes d'ouvriers.

Sources#

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