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RNCP39878 technicien solaire thermique : formation INES

RNCP39878 technicien solaire thermique : formation INES

Par Philippe D.

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Philippe D.

Comment expliquer qu'une nouvelle certification professionnelle ouvre ses sessions au moment précis où le marché qu'elle vise s'effondre de 43 % en un an ? Voilà le paradoxe instructif que nous propose la certification RNCP39878, intitulée officiellement "Technicien(ne) d'installation et de maintenance de système solaire thermique", enregistrée par France Compétences le 28 novembre 2024 et portée par l'INES, l'Institut national de l'énergie solaire basé au Bourget-du-Lac, en Savoie.

Pour bien comprendre ce mécanisme, il faut accepter une idée structurante : la formation professionnelle anticipe les besoins, elle ne les suit pas. Quand les premières promotions sortiront du circuit, en 2027, la trajectoire du marché aura changé. Les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) imposent un facteur 3,7 sur la production solaire thermique d'ici 2030. La nuance est importante ici : se former aujourd'hui, c'est se positionner sur le rebond de demain.

Cet article décortique le dispositif, méthodiquement. Nous allons examiner la fiche officielle, le programme pédagogique, les sessions 2026 ouvertes par l'INES, les prérequis, les financements mobilisables, et le contexte de marché qui justifie ce pari. À noter que je n'évoquerai aucun chiffre que la fiche officielle ou les sources INES ne valident.

1. La certification RNCP39878 : ce que dit la fiche officielle#

Premier paramètre à fixer : il ne s'agit pas d'un diplôme de l'Éducation nationale, mais d'une certification professionnelle enregistrée au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).

Plusieurs points sont à retenir :

  1. Code RNCP : 39878.
  2. Intitulé exact : "Technicien(ne) d'installation et de maintenance de système solaire thermique".
  3. Niveau RNCP : 4, soit l'équivalent du baccalauréat.
  4. Certificateur : INES PLATEFORME FORMATION & ÉVALUATION, situé au Bourget-du-Lac (Savoie, 73).
  5. Date de décision France Compétences : 28 novembre 2024.
  6. Date d'expiration de l'enregistrement : 28 novembre 2027.
  7. Dernière délivrance possible : 28 novembre 2031.
  8. Codes NSF : 227, "Énergie, génie climatique".
  9. Codes ROME : F1603 (installation d'équipements sanitaires et thermiques) et I1308 (maintenance chauffage).

L'annonce publique a été faite par l'INES le 10 décembre 2024. Concrètement, cela signifie que la certification existe officiellement depuis fin 2024 ; ce qui change en 2026, ce sont les sessions de formation qui en délivrent l'accès. La distinction est structurelle : un référentiel de certification et un calendrier de formation ne se confondent pas.

2. Le programme pédagogique : trois blocs, une logique de métier#

La formation est construite autour de trois blocs de compétences, validables séparément. Ce schéma est important : il permet à un professionnel déjà en poste de viser un bloc spécifique sans repasser l'intégralité du parcours.

2.1 Bloc 1, Dimensionner et conseiller#

Vingt jours, soit 140 heures, pour 2 800 € HT. Ce bloc traite de la modélisation thermique, de l'étude de faisabilité, et du conseil client. C'est le bloc "amont" : avant de poser un capteur, il faut savoir lequel, où, et pourquoi. Prenons un exemple parlant : un chauffe-eau solaire individuel (CESI) dimensionné à 4 m² pour une famille de cinq personnes en région nord ne produit pas le même rendement qu'un système solaire combiné (SSC) en région sud. La modélisation thermique encadre ces décisions.

2.2 Bloc 2, Installer et mettre en œuvre#

Ce bloc, à 3 080 € HT, couvre la pose des capteurs, les raccordements hydrauliques, et la mise en service. C'est le cœur opérationnel du métier : le geste technique. Il faut savoir manipuler le glycol, gérer les pertes de charge, raccorder un ballon tampon, équilibrer un circuit primaire, paramétrer une régulation différentielle.

2.3 Bloc 3, Exploiter et maintenir#

Tarifé lui aussi à 3 080 € HT, ce bloc concentre la maintenance préventive et corrective, ainsi que le diagnostic des pannes. En pratique, c'est ce bloc qui crée de la valeur récurrente : un parc installé sur dix ans génère un flux d'interventions de maintenance que la profession peine aujourd'hui à absorber faute de techniciens formés.

Le coût total de la formation complète est de 8 960 € HT. La modalité est exclusivement présentielle, ce qui est cohérent avec un métier où le geste prime. La durée totale est de six mois : 3,5 mois en centre (64 jours, 448 heures), un stage en entreprise de 40 à 54 jours (280 heures, soit 8 à 11 semaines minimum), et 3 jours de soutenance.

3. Les sessions 2026 : deux fenêtres d'inscription#

L'INES a calé deux sessions sur l'année 2026. Le délai d'inscription est d'un mois minimum avant le début de la session, ce qui est un paramètre à ne pas négliger pour les candidats devant monter un dossier de financement.

3.1 Session de printemps#

  • Début : 2 mars 2026.
  • Fin : 1er septembre 2026.
  • Bloc 1 : du 2 mars au 26 mars 2026.

3.2 Session d'automne#

  • Début : 2 novembre 2026.
  • Fin : 5 mai 2027.
  • Bloc 1 : du 2 novembre au 30 novembre 2026.
  • Bloc 2 : du 1er décembre 2026 au 7 janvier 2027.
  • Bloc 3 : du 11 janvier au 9 février 2027.
  • Stage : du 15 février au 30 avril 2027.
  • Examen : du 3 au 5 mai 2027.

À noter que la session de printemps est la première promotion historique à passer la certification. Elle ne sortira diplômée qu'en septembre 2026. C'est pour cette raison qu'aucun taux d'insertion n'est disponible : il n'existe pas encore de cohorte sortie. Toute communication évoquant un taux de placement à ce stade serait, mécaniquement, fausse.

4. Prérequis et habilitations : le filtre d'entrée#

Le profil attendu est sans ambiguïté. Pour bien comprendre ce filtre, il faut le rapporter à la nature du métier (couvreur, plombier, électricien combinés en un seul geste).

Deux voies d'entrée :

  1. Voie diplôme : être titulaire d'un diplôme de niveau 3 (CAP ou BEP) en plomberie, électrotechnique, ou hydraulique.
  2. Voie expérience : justifier d'au moins 2 ans d'expérience professionnelle dans ces domaines.

À cela s'ajoutent deux habilitations indispensables :

  • Habilitation électrique BR/BS, qui couvre les interventions sur des installations basse tension.
  • Habilitation travaux en hauteur et échafaudages, parce qu'un capteur solaire thermique vit, par définition, sur une toiture.

L'INES propose ces formations d'habilitation en amont, ce qui simplifie le parcours pour un candidat qui ne les détiendrait pas encore. La logique sous-jacente est claire : ne pas envoyer en formation un candidat qui ne pourra pas exercer le métier après obtention.

5. L'évaluation : mises en situation sur plateaux techniques#

Le format d'évaluation mérite qu'on s'y arrête. Il ne s'agit pas d'un examen théorique avec QCM, mais de mises en situation professionnelle simulées, écrites, orales et pratiques, sur les plateaux techniques de l'INES. Le stage minimum de 10 semaines en entreprise est obligatoire pour valider la certification.

Cette approche par compétences correspond à la philosophie du RNCP : on ne certifie pas un savoir, on certifie une capacité à exécuter un acte professionnel dans des conditions définies. Concrètement, cela signifie que le candidat est mis devant un système réel, avec un cahier des charges, et doit produire un résultat évaluable.

6. Le financement : CPF, Transitions Pro, OPCO, et le levier FARE#

À 8 960 € HT, la formation n'est pas accessible en autofinancement pour la majorité des candidats. Plusieurs dispositifs existent, et il faut les articuler.

6.1 Compte personnel de formation (CPF)#

La certification est éligible CPF. Pour un salarié ayant cumulé des droits sur plusieurs années, c'est souvent le levier de base.

6.2 Transitions Pro et OPCO#

Pour une reconversion, le dispositif Transitions Pro (ex-Fongecif) prend en charge la formation et le maintien de salaire pendant la durée. Pour un salarié maintenu en poste, l'OPCO de l'entreprise peut financer tout ou partie.

6.3 Le projet FARE : un cofinancement structurant#

Le projet FARE ("Former, accompagner, reconvertir, employer") est l'élément qui change la donne. Il bénéficie d'un cofinancement à 70 % par France 2030. Le consortium FARE rassemble 72 acteurs partenaires : INES, ASDER (chef de file), AQC, AFPA, GRETA, France Travail, CAPEB, FFB, OPCO, fabricants, entre autres. Son objectif : former 150 000 professionnels de la rénovation énergétique d'ici 2030.

Le projet a reçu le 1er Prix de l'impact France 2030, remis le 19 décembre 2023 à la Sorbonne. Une conférence FARE dédiée au solaire thermique, organisée par l'INES, a réuni 245 participants sur 424 inscrits. Sa conclusion, sans détour : il existe un déficit de compétences important sur la filière. Pour le détail du dispositif, je renvoie à mon précédent billet Le CREB RNCP38526 : un coordinateur rénovation énergétique biosourcée.

7. Le paradoxe du marché : pourquoi se former quand la filière recule ?#

Voici le cœur intellectuel du sujet. Les chiffres 2024 donnent le vertige.

7.1 La chute documentée#

En 2024, 55 295 m² de capteurs solaires thermiques ont été installés en France métropolitaine, soit une baisse de 43 % par rapport à 2023. Le marché est revenu à son niveau de 2020. À titre de comparaison, sur la période 2021-2023, le marché oscillait entre 90 000 et 96 000 m² par an.

Le détail par segment est encore plus parlant :

  • CESI (chauffe-eau solaires individuels) : -36 %.
  • Autostockeurs : -56 %.
  • SSC (systèmes solaires combinés) : -16 %.
  • PVT eau (capteurs hybrides) : -67 %.

La cause structurelle est connue : l'instabilité des aides publiques. La suppression progressive des subventions au solaire thermique individuel via MaPrimeRénov' a cassé la dynamique commerciale. Malgré cela, la France conserve son 4e rang européen 2024 avec 125 265 m² total, individuel et collectif confondus.

7.2 La trajectoire imposée par la PPE#

Et pourtant, en parallèle, les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) sont les suivants :

  • 6 TWh de production solaire thermique en 2030.
  • 10 TWh en 2035.

La production actuelle est de 1,64 TWh, soit 27 % de l'objectif 2030. Pour atteindre la cible, il faut multiplier la production par 3,7 d'ici 2030.

7.3 La conséquence opérationnelle#

Le raisonnement est mécanique : soit la France abandonne ses objectifs PPE (politiquement difficile, juridiquement contraignant via les directives européennes), soit elle réactive la filière. Et pour réactiver une filière, il faut des techniciens. Or, une formation de six mois ne se déclenche pas en claquant des doigts. Le déficit de compétences dénoncé lors de la conférence FARE est précisément le goulot d'étranglement qui se met en place.

En pratique, cela signifie que les promotions formées en 2026 et 2027 arriveront sur un marché en train de redémarrer. C'est la lecture rationnelle du paradoxe.

8. Les débouchés : secteurs et métiers associés#

La fiche RNCP liste plusieurs secteurs cibles :

  • Gestion thermique du bâtiment.
  • Entreprises artisanales de la construction.
  • SAV d'équipements (fabricants, distributeurs).
  • Maintenance industrielle et publique.

Les métiers associés sont cohérents : technicien thermique, installateur ENR, installateur chauffage solaire, technicien maintenance. À noter que le profil "technicien solaire thermique" est une spécialisation. Pour une vision plus large des métiers de la filière, voir Technicien photovoltaïque : formation, salaire, emploi 2026.

Pour ceux qui envisagent une bascule depuis un autre secteur, je recommande la lecture du guide Reconversion dans l'environnement : le guide pratique 2026, qui couvre la méthodologie de transition.

9. Salaires : ce qu'on peut documenter#

Il est important d'être transparent ici. Il n'existe pas de données salariales spécifiques au technicien solaire thermique seul, parce que la profession est trop jeune comme intitulé distinct. Les ordres de grandeur disponibles concernent les techniciens solaires toutes spécialités, et les techniciens thermiques plus largement.

  • Junior (0-2 ans) : entre 1 800 € et 2 200 € brut par mois.
  • Confirmé (2-5 ans) : entre 2 200 € et 2 500 € brut par mois.
  • Senior (plus de 5 ans) : entre 2 500 € et 3 000 € brut par mois.
  • Indépendant expérimenté : jusqu'à 45 000 € brut par an.

Pour la médiane technicien thermique, sur une base de 10 000 salaires (talent.com), la médiane se situe à 31 500 € par an, avec une fourchette de 27 300 € à 37 600 €.

La nuance est importante : ces fourchettes n'intègrent pas la prime de mobilité, les heures supplémentaires liées à la saisonnalité (pic de pose au printemps et en été), ni les primes de chantier en zone difficile. Le revenu réel d'un technicien actif peut s'écarter sensiblement de la médiane.

10. Le contexte emploi ENR : 200 000 postes à pourvoir#

Pour finir d'éclairer la décision, voici les ordres de grandeur du marché de l'emploi dans les énergies renouvelables :

  • 2022 : 118 000 emplois ENR en France.
  • Projections 2030 : environ 200 000 postes à pourvoir.

Le projet FARE doit former 150 000 professionnels de la rénovation énergétique d'ici 2030. Ces 150 000 ne couvrent pas que le solaire thermique, mais la filière en absorbera une part directe.

L'INES, à elle seule, a formé 1 800 stagiaires en 2024 toutes formations confondues, pour un chiffre d'affaires formation de 1,5 M€. C'est le certificateur de référence sur le solaire en France.

11. Synthèse en trois points#

Pour conclure, voici les trois éléments structurants à retenir :

  1. La certification RNCP39878 est officielle depuis le 28 novembre 2024, portée par l'INES, valable jusqu'au 28 novembre 2027 avec dernière délivrance possible jusqu'au 28 novembre 2031. Niveau 4, trois blocs validables séparément, 8 960 € HT pour le parcours complet, éligible CPF et cofinancement FARE à 70 %.
  2. Les sessions 2026 sont deux fenêtres d'entrée : printemps (2 mars au 1er septembre 2026) et automne (2 novembre 2026 au 5 mai 2027). Délai d'inscription minimum d'un mois. Présentiel uniquement, stage en entreprise obligatoire de 10 semaines minimum.
  3. Le paradoxe marché-formation est résolu par la trajectoire PPE : marché en chute de 43 % en 2024, mais objectif de multiplier la production par 3,7 d'ici 2030. Les promotions formées en 2026-2027 arrivent au moment où la filière est mécaniquement contrainte de redémarrer. Se former maintenant, c'est anticiper le rebond, pas suivre l'effondrement.

Le pari est documenté. Reste à le saisir.

Sources#

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