Comment vérifie-t-on qu'un cabinet a bien le droit de mesurer l'air d'une école ? Le réflexe, en cherchant une fiche métier, est de taper « ingénieur qualité de l'air intérieur » dans un moteur de recherche. Aucune nomenclature officielle repérée ne porte cet intitulé, et c'est précisément cette absence qui égare la plupart des pages consultées : elles décrivent un métier voisin, celui du technicien qualité de l'air en AASQA, qui surveille l'air ambiant extérieur, sans jamais répondre à la question qui compte pour un ERP.
Le prélèvement et l'analyse de la qualité de l'air intérieur (QAI) dans les établissements recevant du public sensible sont réservés par le code de l'environnement à des organismes accrédités, selon le référentiel Cofrac LAB REF 30 (révision 05, applicable depuis le 3 février 2023) et la norme NF EN ISO/IEC 17025. Aucun intitulé de poste officiel ne désigne ce métier : le texte parle d'organisme de prélèvement et de laboratoire, deux rôles distincts que le référentiel définit précisément.
Un métier réel, sans intitulé officiel#
Plusieurs points sont à retenir avant d'aller plus loin. Le titre « ingénieur qualité de l'air intérieur » ne figure dans aucune fiche RNCP ni aucun code ROME identifié lors des recherches menées pour cet article. Ce n'est pas un vide : c'est un usage professionnel, construit par les entreprises elles-mêmes, pour désigner une fonction que le droit décrit autrement.
Le référentiel Cofrac LAB REF 30, dans sa révision 05 applicable depuis le 3 février 2023, structure ce métier autour de deux rôles distincts : l'organisme de prélèvement, qui intervient sur site, et le laboratoire, qui réalise les analyses. L'accréditation peut porter sur les deux prestations à la fois, prélèvement et analyse, assurées par une même entité ou réparties entre deux prestataires accrédités chacun de leur côté. C'est ce schéma, et non un intitulé de poste, qui structure réellement le secteur. Le partage entre prélèvement de terrain et analyse en laboratoire accrédité n'est pas propre à la QAI : notre fiche sur le technicien d'analyse de la qualité de l'eau en laboratoire décrit un découpage très semblable, appliqué à un autre polluant.
À noter que ce même schéma d'accréditation revient dans d'autres métiers de la conformité environnementale. Le vérificateur GES accrédité Cofrac obéit à une logique comparable : un texte réglementaire qui réserve un acte de vérification à un organisme accrédité, sans forcément lui donner d'intitulé de poste stable.
Qui a le droit de mesurer l'air d'un ERP ?#
Le code de l'environnement pose deux règles qui, ensemble, définissent le périmètre du métier. D'une part, l'article R. 221-30 met la surveillance de la qualité de l'air à la charge du propriétaire ou de l'exploitant de l'établissement, à ses frais. D'autre part, l'article R. 221-31 réserve les prélèvements, les mesures in situ et les analyses en laboratoire à des organismes accrédités répondant aux exigences fixées par arrêté conjoint des ministres de l'environnement, de la santé et de la construction.
Ce dispositif est entré en vigueur le 1er janvier 2023, par le décret n° 2022-1689 du 27 décembre 2022. Un texte jumeau, le décret n° 2022-1690 de la même date, précise les modalités techniques. Concrètement, cela signifie qu'un exploitant d'école, de crèche ou de collège ne peut pas confier cette mesure à n'importe quel prestataire : le texte l'oblige à vérifier une accréditation avant de signer. Notre article sur les obligations de l'exploitant face à ce décret détaille ce que le gestionnaire, de son côté, doit faire de ces mesures une fois reçues.
C'est le point que la plupart des pages consultées ne traitent jamais, alors qu'il est vérifiable en quelques minutes. Un organisme accrédité porte un numéro Cofrac individuel, au format « 1-XXXX ». OXYGENAIR, par exemple, est accrédité sous le numéro 1-5342 pour la surveillance de la QAI en établissements recevant du public. A2L Environnement en cite un autre, 1-7214, sur la même portée LAB REF 30.
En pratique, trois éléments se vérifient avant de faire confiance à un rapport ou à une offre d'emploi :
- Le rapport d'analyse doit porter une référence textuelle ou le logotype du Comité français d'accréditation, ou d'un autre organisme d'accréditation membre de la coopération européenne, imposé par le décret n° 2022-1690.
- L'accréditation doit couvrir explicitement la portée LAB REF 30, et non une accréditation générale sur d'autres domaines.
- Les méthodes employées doivent suivre les normes recommandées par le référentiel, NF EN ISO 16017-2 et NF ISO 16000-4, sur des campagnes normalisées en deux séries de 4,5 jours chacune, du lundi au vendredi.
Un paramètre sous-jacent, qu'un candidat au métier a intérêt à connaître : le référentiel n'impose pas à chaque personne d'être qualifiée sur l'ensemble d'une méthode. La qualification peut porter sur une seule étape. C'est ce qui permet à un technicien débutant de rejoindre une équipe accréditée sans maîtriser d'emblée toute la chaîne, du prélèvement jusqu'à l'analyse en laboratoire.
Honnêtement, je n'ai pas trouvé combien d'organismes détiennent aujourd'hui cette accréditation sur le territoire : l'annuaire Cofrac ne renvoie pas de compteur exploitable sur cette portée précise. Impossible donc de mesurer la taille réelle du marché à partir de cette seule donnée.
Trois obligations, un calendrier à ne pas confondre#
Le dispositif impose trois obligations distinctes à l'exploitant, avec trois rythmes différents, et c'est là que beaucoup de contenus en ligne mélangent tout.
Évaluation annuelle des moyens d'aération. Cette évaluation inclut notamment une mesure à lecture directe de la concentration en CO2, selon le ministère de la Transition écologique.
Autodiagnostic, au moins tous les quatre ans. Cette étape, longtemps facultative, est devenue obligatoire avec le dispositif entré en vigueur en 2023.
Campagne de mesures par un organisme accrédité, déclenchée à chaque étape clé. C'est le changement structurant que la plupart des pages en ligne ratent : cette campagne ne suit plus une périodicité fixe. Elle se déclenche à chaque étape clé de la vie du bâtiment, une notion que le référentiel Cofrac définit comme des petits, moyens ou grands travaux ou actions sur les locaux susceptibles d'impacter la qualité de l'air.
Sur l'échéance du premier plan d'actions, une nuance s'impose. Le décret fixe un délai de quatre ans à compter de son entrée en vigueur, donc à compter du 1er janvier 2023, ce qui porte l'échéance à la fin de l'année 2026. Beaucoup de prestataires écrivent directement « 31 décembre 2026 » comme si cette date figurait telle quelle dans le texte : elle n'y figure pas, c'est un calcul, et je préfère le montrer plutôt que de le cacher derrière une date sèche.
Sur les seuils eux-mêmes, deux valeurs-guides structurent le travail de l'organisme accrédité : 2 µg/m³ pour le benzène sur une exposition de longue durée, et 100 µg/m³ pour le formaldéhyde sur une exposition à court terme, toutes deux fixées par l'annexe de l'article R. 221-29 du code de l'environnement.
Combien d'établissements sont concernés : la donnée qu'aucune administration n'agrège#
Je n'ai trouvé, ni sur le site du ministère de la Transition écologique ni dans les publications des administrations concernées, aucun total officiel du nombre d'ERP soumis à cette obligation de surveillance. En revanche, les composantes existent, publiées séparément par deux administrations différentes, et personne ne les avait mises côte à côte.
| Type d'établissement | Nombre | Source |
|---|---|---|
| Écoles (premier degré, public et privé sous contrat) | 47 413 (rentrée 2024) | DEPP, Repères et références statistiques 2025 |
| Collèges | 6 986 (2024) | DEPP, Repères et références statistiques 2025 |
| Établissements du second degré | 10 681 (2024) | DEPP, Repères et références statistiques 2025 |
| Établissements d'accueil du jeune enfant | 19 400 (fin 2023) | DREES, données départementales sur l'offre d'accueil du jeune enfant |
Ce tableau ne s'additionne pas en un total officiel : les périmètres se recoupent (les collèges sont compris dans le second degré), les dates de mesure et les administrations qui les publient diffèrent. Je le construis ici parce qu'aucune page consultée ne l'avait fait, pas pour prétendre à une statistique unique qui n'existe pas.
Quelle formation, quel salaire#
C'est le point sur lequel il faut le plus se méfier des raccourcis. Aucune fourchette de rémunération propre au poste « ingénieur qualité de l'air intérieur » n'a pu être trouvée, ni chez l'Apec ni chez France Travail. Ce que ces deux organismes publient porte sur des métiers voisins, avec des périmètres différents :
- L'Apec situe 80 % des offres d'ingénieur d'études environnement entre 30 k€ et 48 k€ bruts annuels, moyenne 39 k€, formation de niveau Bac +5.
- L'Apec situe 80 % des offres d'ingénieur HSE entre 30 k€ et 53 k€ bruts annuels, moyenne 41 k€.
- France Travail situe 80 % des offres du code ROME H1302, ingénieur hygiène, sécurité et environnement en industrie, entre 2 000 € et 3 750 € bruts mensuels, données du premier trimestre 2026, avec une tension de recrutement qualifiée « élevée ».
Je ne les fusionne pas en une moyenne : ce serait fabriquer un chiffre qui n'a jamais existé. Chacune de ces fourchettes décrit un métier proche, pas celui de cet article. Pour situer ces ordres de grandeur dans l'ensemble du secteur, notre comparatif des salaires des métiers de l'environnement rassemble d'autres grilles du même type.
Côté formation, une seule université affiche explicitement l'audit de la qualité de l'air intérieur comme débouché : le master Risques et environnement, parcours Atmosphères intérieures et extérieures, porté par l'UPEC avec l'université Paris Cité, niveau Bac +5. Sur les certifications professionnelles, la prudence s'impose : la seule fiche RNCP repérée sur le sujet précis, RNCP18677, licence professionnelle Protection de l'environnement spécialité Métrologue de la qualité de l'air (université de Lorraine), est affichée comme inactive sur France Compétences. Cela ne veut pas dire qu'aucune certification n'existe dans ce champ, seulement qu'aucune certification active spécifique à la QAI n'a pu être identifiée lors de cette recherche. Une qualification professionnelle existe en revanche côté diagnostic : l'OPQIBI 0908, qui exige de l'organisme au moins une personne maîtrisant les techniques de ventilation et formée aux domaines sanitaires et aux polluants de l'air. D'autres métiers techniques de l'environnement reposent sur une certification bien plus balisée : le technicien IRVE et sa certification des bornes de recharge en est un bon contre-exemple, avec un parcours de qualification autrement plus lisible.
C'est là que ça se complique, et je le dis sans détour : entre un titre de poste qui n'existe pas officiellement, une certification RNCP inactive et des salaires empruntés à des métiers voisins, ce métier reste un des moins bien balisés du secteur environnemental, alors même que l'acte qu'il recouvre est strictement encadré par la loi. Un paradoxe qui me rappelle mon propre projet de fin d'études, où j'avais dû batailler pour trouver un référentiel d'accréditation à jour avant de pouvoir citer une seule norme sans me tromper.
Ce qu'il faut retenir#
- Aucun intitulé officiel ne désigne ce métier ; le droit parle d'organisme de prélèvement et de laboratoire, définis par le référentiel Cofrac LAB REF 30.
- Le prélèvement et l'analyse sont réservés à des organismes accrédités selon la norme NF EN ISO/IEC 17025, vérifiables par un numéro au format « 1-XXXX » et une référence Cofrac sur le rapport.
- La campagne de mesures se déclenche désormais à chaque étape clé de la vie du bâtiment, et non plus selon une périodicité fixe.
- Aucune fourchette de salaire propre à ce poste n'existe : les données publiées portent sur des métiers voisins, à ne jamais confondre avec celui-ci.
Foire aux questions#
L'intitulé « ingénieur qualité de l'air intérieur » est-il un métier reconnu officiellement ?#
Non : parmi les fiches RNCP et les codes ROME repérés lors de cette recherche, aucun ne porte cet intitulé exact. C'est un usage professionnel qui désigne, dans les faits, les fonctions d'organisme de prélèvement ou de laboratoire définies par le référentiel Cofrac LAB REF 30.
Qui a le droit de mesurer la qualité de l'air dans un ERP ?#
Uniquement un organisme accrédité, selon l'article R. 221-31 du code de l'environnement et le référentiel Cofrac LAB REF 30 (révision 05, applicable depuis le 3 février 2023), qui exige la norme NF EN ISO/IEC 17025 et couvre à la fois le prélèvement et l'analyse.
Comment vérifier qu'un organisme est bien accrédité pour la QAI en ERP ?#
En vérifiant son numéro d'accréditation Cofrac, au format « 1-XXXX », et la présence d'une référence textuelle ou du logotype du Comité français d'accréditation sur le rapport d'analyse, une mention rendue obligatoire par le décret n° 2022-1690 du 27 décembre 2022.
Existe-t-il un diplôme dédié à ce métier ?#
Un seul diplôme identifié cite explicitement l'audit de la qualité de l'air intérieur comme débouché, le master Risques et environnement de l'UPEC. La seule fiche RNCP spécifique repérée, RNCP18677, est inactive : aucune certification active dédiée n'a pu être trouvée lors de cette recherche.
Combien gagne un professionnel de la qualité de l'air intérieur ?#
Aucune fourchette propre à ce poste n'a été trouvée. Les données disponibles portent sur des métiers voisins : ingénieur d'études environnement (30 à 48 k€ bruts annuels selon l'Apec), ingénieur HSE (30 à 53 k€ selon l'Apec) et code ROME H1302 (2 000 à 3 750 € bruts mensuels selon France Travail, données T1 2026).
Sources#
- Code de l'environnement, articles R. 221-30 à D. 221-38
- Décret n° 2022-1689 du 27 décembre 2022
- Décret n° 2022-1690 du 27 décembre 2022
- Annexe de l'article R. 221-29, valeurs-guides pour l'air intérieur
- Cofrac, référentiel LAB REF 30, révision 05
- Ministère de la Transition écologique, page Qualité de l'air intérieur
- OPQIBI, nomenclature fiche 0908
- Apec, fiche métier Ingénieur d'études environnement
- Apec, fiche métier Ingénieur HSE
- France Travail, Data Emploi, code ROME H1302
- DEPP, Repères et références statistiques 2025
- DREES, données départementales sur l'offre d'accueil du jeune enfant 2023
- France Compétences, fiche RNCP18677






Comment vérifier une accréditation avant de signer ou de postuler#