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CSRD et recrutement 2026 : profils, compétences, salaires

CSRD et recrutement 2026 : profils, compétences, salaires

Par Philippe D.

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Philippe D.

Pourquoi un texte censé simplifier la vie des entreprises a-t-il provoqué une onde de choc sur le marché de l'emploi durabilité ? Le règlement Omnibus, entré en vigueur le 18 mars 2026, a réduit de 80 % le périmètre des entreprises soumises à la CSRD. D'environ 50 000 sociétés concernées dans l'Union européenne, on passe à entre 6 000 et 10 000. Logiquement, on s'attendrait à un effondrement des recrutements. C'est l'inverse qui se produit. Les profils CSRD restent demandés, et les exigences montent. Voici pourquoi, et pour qui.

Avant Omnibus : la CSRD comme accélérateur de recrutement#

La directive CSRD, dans sa version initiale, avait créé un appel d'air massif. Environ 50 000 entreprises européennes devaient publier un rapport de durabilité structuré selon les normes ESRS. Les premiers rapports de la vague 1 (ex-NFRD, plus de 500 salariés) sont tombés en 2025, couvrant l'exercice 2024.

Les départements RSE, compliance et finance ont recruté. 37 % des entreprises prévoyaient de créer au moins un poste dédié CSRD (BakerTilly). Les offres sur LinkedIn France pour des postes liés à la CSRD atteignaient 302 résultats. Sur Indeed, rien qu'à Paris, on dépassait les 200 annonces. Pour les analystes ESG, LinkedIn affichait 158 offres, Indeed plus de 100.

Ce mouvement ne partait pas de rien. Le volume d'offres liées à la transition écologique avait été en forte progression depuis six ans. L'APEC estimait en décembre 2025 que les postes cadres liés à la décarbonation atteindraient environ 32 000 à l'horizon 2030. Un quart des offres cadres exigeaient déjà une compétence verte en 2024.

Le règlement Omnibus : ce qui change concrètement#

Le Parlement européen a voté le texte Omnibus le 16 décembre 2025, avec 428 voix pour, 218 contre et 17 abstentions. Publication au JOUE le 26 février 2026. Entrée en vigueur : 18 mars 2026.

Les nouveaux seuils pour l'obligation CSRD passent à plus de 1 000 salariés et plus de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires net. Résultat : entre 6 000 et 10 000 entreprises concernées dans l'UE, contre environ 50 000 auparavant.

Calendrier révisé#

La vague 2 (entreprises dépassant les nouveaux seuils) publiera son premier rapport en 2028 sur l'exercice 2027. C'était initialement prévu pour 2026. La vague 3, les PME cotées, reste fixée à un premier rapport en 2029 sur l'exercice 2028. Pour les PME non soumises, le standard VSME doit être adopté avant le 19 juillet 2026. La Commission doit réviser les normes ESRS avant le 18 septembre 2026.

Allègement des normes ESRS#

C'est l'autre volet. 60 % des datapoints obligatoires ont été supprimés. La totalité des datapoints facultatifs disparaît. Au total, la réduction atteint environ 70 %. On passe d'environ 1 073 datapoints à environ 320 essentiels.

Le paradoxe : moins d'entreprises soumises, autant de tension sur les profils#

On pourrait croire que la contraction du périmètre va assécher la demande. Ce n'est pas ce qu'on observe.

Les entreprises de la vague 1 ont déjà lancé leurs recrutements. Leurs équipes sont en place, les projets en cours. Elles ne vont pas licencier des chefs de projet CSRD parce que le voisin n'est plus soumis.

Autre réalité que les gros titres oublient : les entreprises qui sortent du périmètre obligatoire restent sous pression. Leurs donneurs d'ordre, eux, sont toujours soumis. La CSRD irrigue la chaîne de valeur. Un fournisseur d'une entreprise du CAC 40 devra toujours fournir ses données, même sans obligation directe. Et la complexité technique des 320 datapoints restants ne simplifie rien. Les profils capables de les maîtriser ne se trouvent pas sous le sabot d'un cheval. Le marché se resserre sur la qualité.

Les profils qui recrutent#

L'APEC identifie six métiers cadres clés pour la décarbonation : chef de mission CSRD, manager Green IT, architecte électrique et électronique, chef de projet décarbonation en métallurgie, chef de projet rénovation énergétique dans le BTP, et analyste finance durable.

Chef de projet CSRD#

C'est le profil le plus directement lié à la directive. Il coordonne la collecte des données, structure le rapport, fait le lien entre les directions financière, juridique et opérationnelle. J'ai eu en cours, l'an dernier, une ancienne contrôleuse de gestion qui s'était repositionnée sur ce poste en six mois : elle m'a dit que la partie la plus dure n'était pas technique, c'était de convaincre les opérationnels de remonter leurs données dans les temps. Un junior entre sur le marché entre 40 000 et 50 000 euros bruts par an. Avec de l'expérience, la rémunération grimpe au-delà de 80 000 euros.

Responsable RSE#

Poste plus généraliste, mais la CSRD l'a transformé. Le responsable RSE ne se contente plus d'animer une démarche. Il pilote un reporting structuré, dialoguant avec les commissaires aux comptes et les auditeurs de durabilité. Le salaire moyen se situe à 55 550 euros par an, dans une fourchette de 47 750 à 69 125 euros. En poste de direction RSE, on atteint 60 000 à 100 000 euros. Un CSO de multinationale peut prétendre à 120 000 voire 140 000 euros.

Analyste ESG#

Profil technique par excellence. L'analyste ESG décortique les données extra-financières, alimente les notations, produit les analyses sectorielles. La formation requise : Bac+5, anglais courant. Un junior démarre entre 40 000 et 50 000 euros. Un senior, cinq à dix ans d'expérience ou plus, se situe entre 60 000 et 80 000 euros. Le salaire moyen tourne autour de 49 600 euros par an.

Juriste compliance durabilité#

Le juriste environnement spécialisé compliance voit sa cote monter. Fait notable : 35 % des recruteurs exigent désormais une compétence en intelligence artificielle chez les juristes compliance. La double casquette juridique et tech devient un prérequis, pas un bonus.

Compétences recherchées : la fin des profils mono-expertise#

Les profils double compétence dominent les fiches de poste. Deux combinaisons ressortent massivement : RSE et finance, RSE et data. Le croisement RSE et juridique monte aussi, poussé par les obligations d'audit. Le reporting CSRD touche à ces domaines simultanément. Un candidat qui ne maîtrise qu'un seul axe sera en difficulté face à la concurrence.

L'audit de durabilité ajoute une couche. Depuis le 1er janvier 2024, la Haute Autorité de l'Audit (H2A) encadre la profession. Les commissaires aux comptes inscrits avant le 1er janvier 2026 doivent valider 90 heures de formation pour obtenir l'accréditation OTI (Organisme Tiers Indépendant). Le COFRAC est l'organisme accréditeur, avec une deadline fixée au 1er janvier 2026.

Ce mouvement vers la certification pousse les profils terrain à se former. La VAE reste une voie sous-exploitée pour les professionnels en poste qui veulent formaliser leurs acquis. Le CPF finance encore une partie de ces parcours, même si les conditions se durcissent.

Perspectives : un marché qui se professionnalise#

Le règlement Omnibus n'a pas tué le marché CSRD. Il l'a filtré. Les postes restent, mais les exigences augmentent. La réduction des datapoints ESRS (d'environ 1 073 à environ 320) ne simplifie pas le travail des équipes en place. Elle le concentre sur l'essentiel, ce qui demande paradoxalement plus de compétence, pas moins.

Sur ce point, j'avoue que je ne sais pas encore si le report va jouer en faveur des candidats ou des employeurs. Le report de la vague 2 à 2028 donne du temps aux entreprises pour recruter les bons profils. Deux ans, c'est suffisant pour former un analyste ESG junior ou pour qu'un responsable QSE en poste se spécialise en reporting CSRD. Mais deux ans, c'est court si personne ne lance le mouvement.

Les PME, même non soumises, auront intérêt à anticiper le standard VSME (deadline juillet 2026). Pas par altruisme. Parce que leurs clients leur demanderont ces données, et qu'il vaut mieux les produire soi-même que de se les voir imposer dans l'urgence.

Pour les candidats, le signal est net : investir dans la double compétence, viser une certification reconnue, et ne pas attendre que le marché se tende davantage. Les métiers de l'environnement qui recrutent en 2026 partagent un point commun. Ils exigent tous de savoir lire un texte réglementaire et de le traduire en action opérationnelle. La CSRD ne fait pas exception.

Sources#

  • WeCount, analyse des implications de la directive CSRD sur le reporting extra-financier
  • Portail RSE, suivi du règlement Omnibus et des modifications CSRD
  • Lefebvre Dalloz, décryptage juridique CSRD et calendrier des vagues
  • Ecopia School, fiches métiers et rémunérations durabilité
  • Michael Page, baromètre des rémunérations RSE et ESG
  • Glassdoor, données salariales analystes ESG et responsables RSE
  • APEC, étude cadres décarbonation décembre 2025
  • CSR at Work, enquête BakerTilly sur les postes dédiés CSRD
  • Robert Half, tendances recrutement compliance et durabilité
  • AFJE, étude sur les compétences IA exigées chez les juristes
  • LinkedIn et Indeed, volume d'offres CSRD et ESG en France (mars 2026)
  • Sage, analyse de l'impact Omnibus sur les PME et le standard VSME
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