Le poste de Chief Sustainability Officer s'est installé dans les directions générales avec la montée du reporting de durabilité. La directive (UE) 2022/2464, dite CSRD, a posé ce reporting par vagues, d'abord pour les exercices commençant le 1er janvier 2024. La directive (UE) 2026/470, dite Omnibus I, en a resserré le champ : adoptée par le Conseil le 24 février 2026, elle supprime l'obligation d'adopter des normes d'assurance raisonnable et prévoit des normes d'assurance limitée d'ici le 1er juillet 2027. Pour piloter cet édifice (mesure du carbone, double matérialité, gouvernance ESG, lien avec la rémunération variable), il faut un cadre de direction.
Les fourchettes que je donne viennent de barèmes publiés par des cabinets de recrutement : le baromètre 2026 de Volta Executive, qui chiffre le CSO, et les grilles de Michael Page, qui chiffrent le directeur RSE et le directeur ESG mais pas le CSO. Je les croise avec le top 5 des métiers à impact de Birdeo, l'étude Orse, PwC et Pacte mondial sur les critères RSE dans la rémunération, les prévisions de l'Apec et l'étude de rémunération Robert Walters. Pour chaque chiffre, je donne son périmètre : poste, secteur, fixe ou variable.
Mise à jour, 11 octobre 2026#
Cet article a été corrigé le 11 octobre 2026 après relecture des textes officiels et des barèmes cités. Quatre points ont changé.
- L'Omnibus I n'a pas été adopté le 16 décembre 2025 : c'est la date de la position du Parlement européen. Le Conseil a adopté la directive (UE) 2026/470 le 24 février 2026, et elle a paru au Journal officiel de l'Union européenne le 26 février 2026.
- Le seuil n'est pas « 1 000 salariés pour les entreprises non cotées ». La directive retient plus de 1 000 salariés et plus de 450 000 000 € de chiffre d'affaires net, et supprime la vague des PME cotées.
- Le délit de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende pour défaut de désignation du certificateur de durabilité (article L. 822-40 du code de commerce) n'existe plus : la loi n° 2025-391 du 30 avril 2025 l'a abrogé.
- La grille de salaires reposait sur des fourchettes sans source lisible. Elle est remplacée par les barèmes publiés de Volta Executive et de Michael Page, avec leur périmètre.
Le texte de référence est la directive (UE) 2026/470.
Ce que fait un CSO, ce qu'il n'est pas#
Je retiens ici une définition de travail. Le CSO pilote la stratégie de durabilité d'une entreprise au niveau de la direction générale, rapporte au CEO ou siège au comité exécutif, et répond de la fiabilité des indicateurs reportés. Sa mission ne se limite pas à la conformité : il intègre les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance dans le modèle d'affaires, la finance et l'innovation. Deloitte, dans son étude « Le futur du CSO » d'avril 2021, voit dans le CSO le « faiseur de sens en chef » d'une organisation et attendait que son rôle gagne en importance dans les deux années suivantes.
Le périmètre suit les normes européennes d'information en matière de durabilité, les ESRS du règlement délégué (UE) 2023/2772 : le climat et l'environnement (ESRS E1 à E5 : changement climatique, pollution, ressources aquatiques et marines, biodiversité, économie circulaire), les enjeux sociaux (ESRS S1 à S4 : effectifs de l'entreprise, travailleurs de la chaîne de valeur, communautés touchées, consommateurs et utilisateurs finals) et la conduite des affaires (ESRS G1). S'y ajoute la gouvernance ESG : comité dédié, escalade au conseil d'administration, articulation avec le comité d'audit.
Ce que le CSO n'est pas. Ce n'est pas un Chief Impact Officer, dont le mandat est plus large et touche à la transformation du business model en logique de mission. Ce n'est pas un Responsable RSE, qui dispose en général d'un périmètre opérationnel sans accès direct au comité exécutif. Ce n'est pas un Directeur QHSE, dont le scope est centré sur la santé, la sécurité, et l'environnement industriel. Et ce n'est pas un Directeur Communication RSE, qui pilote la narration externe sans porter la responsabilité des chiffres reportés.
La CSRD s'applique par vagues. Première vague : les grandes entreprises qui sont des entités d'intérêt public de plus de 500 salariés publient en 2025, pour les exercices commençant le 1er janvier 2024. Les autres grandes entreprises devaient publier en 2026 pour les exercices commençant le 1er janvier 2025, et les petites et moyennes entreprises cotées en 2027 pour les exercices commençant le 1er janvier 2026. La directive (UE) 2025/794 du 14 avril 2025, publiée au Journal officiel du 16 avril 2025, a reporté ces deux vagues de deux ans : exercices commençant le 1er janvier 2027 pour les autres grandes entreprises, le 1er janvier 2028 pour les PME cotées.
La France a transposé la CSRD par l'ordonnance n° 2023-1142 du 6 décembre 2023. La loi n° 2025-391 du 30 avril 2025 a repris ce report dans l'article 33 de l'ordonnance : « 2025 » devient « 2027 » et « 2026 » devient « 2028 ».
L'Omnibus I a ensuite réduit le champ. La Commission a proposé le texte le 26 février 2025 (COM(2025) 81), le Parlement européen a voté sa position le 16 décembre 2025, le Conseil a adopté la directive (UE) 2026/470 le 24 février 2026, et elle a paru au Journal officiel le 26 février 2026. L'obligation de publier au niveau individuel est limitée aux entreprises dont le chiffre d'affaires net excède 450 000 000 € et qui dépassent un nombre moyen de 1 000 salariés au cours de l'exercice. La vague des PME cotées est supprimée. Les États membres doivent transposer ses articles 1er, 2 et 3 (audit, comptabilité et CSRD) au plus tard le 19 mars 2027. Une recherche Légifrance du 11 octobre 2026 dans le Journal officiel ne fait ressortir aucun texte de transposition de cette directive : en l'état de cette recherche, les dates françaises restent celles de l'ordonnance modifiée par la loi du 30 avril 2025.
Côté sanctions, l'ordonnance de 2023 avait créé à l'article L. 822-40 du code de commerce un délit puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende pour le dirigeant d'une entité tenue de faire certifier ses informations de durabilité qui ne provoque pas la désignation du certificateur. La loi n° 2025-391 du 30 avril 2025 a abrogé cet article et le 2° de l'article L. 821-6. Depuis le 3 mai 2025, l'article L. 821-6 ne punit plus que l'absence de commissaire aux comptes pour les entités tenues d'en avoir un, le fait de ne pas le convoquer à l'assemblée générale, et l'obstacle aux vérifications. Le dirigeant d'une entité soumise à la CSRD n'est donc plus exposé à ce délit précis. Pour le CSO, la pression passe moins par la sanction pénale que par la fiabilité des données qu'il fait remonter à l'auditeur.
La baisse du nombre d'entreprises concernées n'a pas supprimé le besoin de compétences. Le baromètre 2025 des compétences durables, publié par EcoLearn avec le Groupe AEF info et Talents For The Planet, et relayé par Birdeo le 28 mars 2025, relève que 69 % des entreprises déclarent manquer de compétences sur ces enjeux. Il note aussi que les professionnels à double compétence (métier et durabilité) sont de plus en plus plébiscités, surtout par les grandes entreprises.
Grille de salaire 2026 : ce que les barèmes publiés disent du CSO#
Le CSO a rarement une ligne propre dans les études de rémunération. Le baromètre 2026 de Volta Executive, cabinet de recherche de dirigeants spécialisé dans l'industrie et l'énergie, en donne une, en brut annuel fixe, base nationale. Les fourchettes vont de 110 à 150 k€ pour 0 à 6 ans d'expérience, de 150 à 180 k€ pour 6 à 15 ans, et au-delà de 200 k€ à partir de 15 ans. Le même tableau précise que les bonus RSE sont indexés sur des indicateurs extra-financiers, de 5 à 15 %, et que les CSO bénéficient d'un plan d'intéressement à long terme.
| Poste, fixe brut annuel (Volta Executive 2026) | 0 à 6 ans | 6 à 15 ans | 15 ans et plus |
|---|---|---|---|
| Chief Sustainability Officer | 110 à 150 k€ | 150 à 180 k€ | plus de 200 k€ |
| Directeur développement durable | 70 à 90 k€ | 90 à 120 k€ | plus de 120 k€ |
| Directeur ESG | 75 à 90 k€ | 90 à 110 k€ | plus de 110 k€ |
| Directeur RSE | 65 à 80 k€ | 85 à 110 k€ | plus de 100 k€ |
Ces chiffres valent pour le périmètre du baromètre : industrie et énergie, hors variable. Ils ne disent rien d'une société du CAC 40 en particulier.
Michael Page ne publie pas de ligne CSO. Pour le directeur RSE, sa grille donne un fixe brut annuel en région parisienne, hors variable, de 65 000 € (bas), 86 000 € (moyenne) et 120 000 € (haut). Pour le directeur ESG : 75 000 €, 94 000 € et 120 000 €. Michael Page indique des écarts régionaux de -5 % à -20 % par rapport à l'Île-de-France. Ces montants sont calculés par année d'expérience sur le poste, pas sur l'expérience totale du candidat.
Plus bas dans l'organigramme, Birdeo place dans son top 5 2025 des métiers à impact, établi sur la base de plus de 200 entreprises, le manager sustainability risk à 70 à 100 k€ par an en moyenne et la direction supply et achats durables à plus de 100 k€. Le CSO se situe au-dessus de ces postes.
Ce que pèse la performance ESG dans la rémunération#
L'étude Orse, PwC et Pacte mondial, 3e édition, publiée en janvier 2024 à partir des documents d'enregistrement universels du CAC 40 au 30 juin 2023, mesure la rémunération des dirigeants mandataires sociaux, pas celle des CSO. Elle relève que 100 % des sociétés du CAC 40 intègrent des critères RSE dans la rémunération variable court terme de ces dirigeants, 100 % depuis 2022 contre 73 % d'après l'édition 2017. La quote-part moyenne consacrée à la RSE se limite à 23 %, tant sur le court que sur le long terme. La performance ESG compte donc dans la rémunération des plus hauts dirigeants, mais pour une part minoritaire de leur variable. Pour un CSO, la part exacte dépend de son contrat, et aucune des grilles citées ici ne la donne au-delà des 5 à 15 % de bonus RSE de Volta Executive.
Le parcours type : trois voies d'accès#
Je distingue trois trajectoires. C'est une lecture éditoriale des parcours que je croise, pas une statistique.
La première voie passe par le conseil ESG. Le candidat a commencé en cabinet d'audit ou de conseil (Big Four : Deloitte, EY, KPMG, PwC), s'est spécialisé sur le reporting extra-financier, la stratégie climat ou la finance durable, puis a basculé en entreprise sur un premier mandat de Directeur RSE avant d'accéder au CSO.
La deuxième voie passe par la promotion interne. Le CSO a fait sa carrière dans l'entreprise, soit sur des fonctions support (finance, juridique, communication, ressources humaines) avec une bascule progressive vers la RSE, soit sur des fonctions opérationnelles (production, achats, qualité) avec une montée en compétence sur la durabilité. Dans les groupes industriels, la connaissance fine du métier pèse autant que l'expertise technique ESG.
La troisième voie passe par le secteur public et les organisations internationales. Le candidat a exercé dans une administration centrale (ministère chargé de la Transition écologique, Ademe), dans une autorité de régulation ou dans une ONG environnementale, puis a rejoint l'entreprise sur un mandat de CSO en s'appuyant sur sa connaissance des politiques publiques. Cette voie est la plus rare, mais elle revient dans les secteurs régulés comme l'énergie, le transport et l'eau.
Compétences et certifications recherchées en 2026#
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Le profil idéal combine quatre familles de compétences. La maîtrise du cadre réglementaire CSRD-ESRS, de la taxonomie verte européenne, de la SFDR (règlement (UE) 2019/2088 sur la publication d'informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers) et de la CS3D (directive (UE) 2024/1760 sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité). La capacité à dialoguer avec la direction financière sur la comptabilité carbone, l'allocation de capital sous contrainte ESG et le financement durable (green bonds, sustainability-linked loans). La conduite du changement et l'influence transverse, parce que le CSO ne dispose en général pas de pouvoir hiérarchique direct sur les directions opérationnelles. L'aptitude à la prise de parole publique, dans un contexte où les sujets ESG attirent les médias, les ONG et les autorités de marché.
Côté certifications, le Blended Professional Certificate Chief Sustainability Officer du MIT Professional Education se suit en ligne, en présentiel et en direct virtuel sur 12 mois ; la prochaine session court du 27 octobre 2026 au 26 octobre 2027. En France, la certification RS6933 du répertoire spécifique de France compétences, « Intégrer les critères ESG - Environnement, Social et Gouvernance dans les activités d'une organisation », est active. À mes yeux, elle sert de complément pour les profils en reconversion, mais ne suffit pas seule pour accéder au poste.
Le marché 2026 : une prévision de reprise des recrutements de cadres#
L'Apec, dans ses prévisions de recrutement de cadres 2026, estime que le marché de l'emploi cadre repartirait à la hausse avec 305 800 recrutements, soit +4 %, après une baisse en 2025 pour la deuxième année consécutive (294 500 cadres recrutés en 2025). L'Apec précise que cette prévision reste soumise à d'importants aléas. Ces chiffres portent sur l'ensemble des cadres, pas sur les fonctions de durabilité.
Un point joue en faveur de la mobilité. Selon l'étude de rémunération Robert Walters 2026, présentée le 4 décembre 2025 et rapportée par News Tank RH, les augmentations escomptées en 2026 par les cadres en entreprise sont de 2 % en moyenne, et de 9 % pour ceux qui changeront d'organisation par rapport à leur ancien salaire. Là encore, ces moyennes concernent l'ensemble des cadres.
Le piège du titre « CSO » sans contenu#
Une nuance qui mérite d'être posée sans ambiguïté. L'inflation de titres C-suite autour de la durabilité produit des nominations qui ne correspondent pas à la fonction décrite plus haut. Un Directeur RSE rebadgé « Chief Sustainability Officer » sans accès au comité exécutif, sans budget propre et sans autorité sur le reporting financier n'est pas un CSO au sens où je l'ai défini. Sa rémunération reste alors alignée sur la grille Directeur RSE : 65 à 110 k€ jusqu'à 15 ans d'expérience et plus de 100 k€ au-delà chez Volta Executive, de 65 000 à 120 000 € chez Michael Page. Avant d'accepter une offre, vérifier le rattachement hiérarchique, le périmètre du budget géré et la signature engagée sur le rapport de durabilité permet de qualifier le poste réel.
Ce qu'il faut retenir. Le CSO est un poste de direction dont le seul barème publié que j'ai croisé, celui de Volta Executive, va de 110 à 150 k€ de fixe avant 6 ans d'expérience à plus de 200 k€ après 15 ans, dans l'industrie et l'énergie. Les trois voies d'accès sont le conseil ESG, la promotion interne et le secteur public. Depuis l'Omnibus I, adopté par le Conseil le 24 février 2026, la CSRD vise les entreprises de plus de 1 000 salariés et de plus de 450 000 000 € de chiffre d'affaires net, mais aucune transposition française ne ressort de la recherche Légifrance du 11 octobre 2026.
Sources#
- Volta Executive, Baromètre des salaires 2026 industrie et énergie
- Michael Page, grille de salaires Directeur RSE
- Michael Page, grille de salaires Directeur ESG
- Birdeo, Baromètre 2025 des compétences durables
- Birdeo, Top 5 des métiers à impact qui recrutent en 2025
- Orse, PwC, Pacte mondial, Critères RSE et rémunération, 3e édition (communiqué de janvier 2024)
- Orse, PwC, Pacte mondial, Critères RSE et rémunération, 3e édition (étude complète)
- Apec, Prévisions de recrutements de cadres 2026
- News Tank RH, Étude de rémunération Robert Walters 2026
- Deloitte France, Le futur du CSO
- MIT Professional Education, Blended Certificate Chief Sustainability Officer
- France compétences, RS6933
- Directive (UE) 2026/470 (Omnibus I)
- Directive (UE) 2025/794
- Règlement délégué (UE) 2023/2772 (ESRS)
- Légifrance, ordonnance n° 2023-1142 du 6 décembre 2023
- Légifrance, loi n° 2025-391 du 30 avril 2025
- Légifrance, article L. 821-6 du code de commerce






Comment la CSRD a structuré le marché entre 2024 et 2026#