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Chargé de mission PAT : fiche métier et salaire 2026

Chargé de mission PAT : fiche métier et salaire 2026

Par Philippe D.

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Philippe D.

Comment un métier qui ne dispose d'aucune fiche officielle sous son intitulé exact peut-il se retrouver recherché par des centaines de collectivités françaises ? Le chargé de mission PAT (Projet alimentaire territorial) illustre parfaitement ce décalage : le poste existe, il recrute, mais les référentiels métiers ne l'ont pas encore rattrapé. Je le constate à chaque fois que j'accompagne des personnes en reconversion vers les collectivités, elles butent sur la même question : à quoi ressemble concrètement ce travail ?

La nuance est importante ici, et je vais tenter de la décortiquer proprement, parce que ce métier se comprend mal si on ne comprend pas d'abord l'objet qu'il pilote.

Le PAT, d'abord : de quoi parle-t-on ?#

Rappelons que le Projet alimentaire territorial n'est pas une mode administrative. Il a une base légale précise : l'article 39 de la loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014 d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt, qui a inséré l'article L. 111-2-2 dans le code rural et de la pêche maritime.

Dans les faits, un PAT fédère les acteurs d'un territoire (producteurs, transformateurs, distributeurs, collectivités, citoyens) autour de la question alimentaire, en croisant quatre dimensions : économique, sociale, environnementale et sanitaire. Il se formalise par un contrat entre partenaires, sur la base d'un diagnostic partagé.

Le mouvement est réel. Le ministère de l'Agriculture recensait plus de 450 PAT reconnus au 1er juillet 2025, contre 428 PAT labellisés au 1er avril 2023 (chiffre à prendre comme repère de dynamique, pas comme photographie exacte). À noter que la labellisation fonctionne depuis 2021 à deux niveaux : un niveau 1 pour les PAT émergents, avec une reconnaissance de trois ans non renouvelable, et un niveau 2 pour les PAT opérationnels menant des actions systémiques, avec une reconnaissance de cinq ans renouvelable. Les critères ont été renforcés en 2024.

Un exemple parlant, à l'échelle régionale : en avril 2026, la région Hauts-de-France comptait 34 PAT labellisés, dont 12 de niveau 1 et 22 de niveau 2. C'est le genre de donnée qui aide à visualiser la maturité inégale du dispositif selon les territoires.

Le cœur du métier : animer une gouvernance, pas produire#

Voilà le point que je martèle en cours : le chargé de mission PAT n'est ni un agriculteur, ni un cuisinier, ni un acheteur. Son métier, c'est l'animation d'une gouvernance alimentaire territoriale. Il orchestre, il relie, il documente. Le reste en découle.

Plusieurs missions structurent son quotidien. D'abord le diagnostic alimentaire partagé du territoire : cartographier la production locale, les flux, les besoins de la restauration collective, les fragilités. Ensuite l'animation de la gouvernance proprement dite, c'est-à-dire faire vivre les instances (comité technique, comité de pilotage, conseil alimentaire local) où se prennent les décisions.

Vient ensuite la mobilisation des acteurs, qui est probablement la partie la plus exigeante humainement : réunir autour d'une même table des agriculteurs, des élus, des transformateurs, des cantines et des associations qui n'ont pas les mêmes intérêts ni le même vocabulaire. À cela s'ajoutent la structuration de filières et de circuits courts, le montage de dossiers de financement (appels à projets du PNA, fonds européen FEADER), puis le suivi-évaluation et le reporting aux financeurs.

Un mot sur ce dernier point, parce qu'il est souvent sous-estimé par les candidats. Un PAT vit de subventions. Sans un chargé de mission capable de rédiger un dossier solide et de rendre des comptes chiffrés, le projet s'essouffle. Ce n'est pas la partie glamour du poste, mais c'est structurant. Cette logique de pilotage transversal en collectivité, on la retrouve d'ailleurs chez le chargé de mission PCAET, avec la même tension entre animation d'acteurs et exigence de reporting.

Pour rendre les choses tangibles, prenons une offre réelle de 2026 : le PETR de l'Ariège recrutait un profil combinant à 50 % le pilotage et l'animation du label PAT (financé par la Région Occitanie) et à 50 % la coordination d'un projet de transition agroécologique appelé CoTERAA (financé par l'Union européenne), avec une prise de poste dès janvier 2026. Un poste, deux casquettes, deux financeurs : c'est très représentatif de la réalité du terrain.

Où exercer, et avec quel statut#

Les employeurs forment un paysage assez clair. On trouve d'abord les collectivités territoriales et leurs groupements (communautés de communes ou d'agglomération, métropoles), puis les PETR (Pôles d'équilibre territorial et rural), les PNR (Parcs naturels régionaux), les Chambres d'agriculture, et enfin des associations et pôles métropolitains.

Côté statut, le recrutement se fait généralement en catégorie A de la fonction publique territoriale, sur le cadre d'emplois d'attaché territorial ou d'ingénieur territorial, ou en contractuel équivalent. Le niveau attendu va du Bac+3 au Bac+5, dans des champs comme le développement territorial, l'aménagement, l'agriculture ou l'environnement.

Se former : agronomie, aménagement, ou passerelle#

Plusieurs points sont à retenir sur les parcours. Il n'existe pas de diplôme unique estampillé « chargé de mission PAT », mais un faisceau de formations pertinentes. Du côté des écoles d'ingénieurs agronomes, l'ENSAT à Toulouse propose une spécialisation en agroécologie et gouvernance territoriale, l'Institut Agro Montpellier décline huit parcours de master M2 dont un consacré à l'animation territoriale, et l'ENSAIA de Nancy complète l'offre.

En formation continue, AgroParisTech Executive propose un module intitulé « Les systèmes alimentaires territoriaux : quel rôle pour les territoires dans la gouvernance de l'alimentation ? », qui vise explicitement les PAT. À l'université, le master mention « Sciences et technologie de l'agriculture, de l'alimentation et de l'environnement » (proposé notamment à Avignon et Montpellier) offre une voie généraliste solide. Pour ceux qui viennent d'un autre secteur, les mécanismes de reconversion que je détaille dans mon guide de reconversion dans l'environnement s'appliquent ici aussi.

Le salaire, sans enjoliver#

Soyons précis, car c'est un terrain glissant. Il n'existe pas, à ma connaissance, de fiche métier officielle dédiée au « chargé de mission PAT » avec une statistique salariale propre. Ce que l'on a, ce sont des repères de contournement.

Le premier repère vient de la grille indiciaire de l'attaché territorial, le cadre d'emplois le plus fréquent pour ce poste : un début de carrière autour de 1 944 € brut par mois, une fin de carrière pouvant atteindre environ 4 111 € brut mensuels au grade le plus élevé. Le second repère vient d'un métier proche, le chargé de mission développement durable, dont les jobboards situent la moyenne autour de 46 000 € par an, dans une fourchette allant de 37 500 € à 57 000 €.

C'est là que je préfère rester prudent : ces chiffres sont des points de comparaison, pas la grille officielle du métier. En pratique, pour un profil en début ou milieu de carrière, on peut tabler sur une fourchette indicative de l'ordre de 1 950 € à 2 800 € brut mensuels selon la collectivité et le grade, à laquelle s'ajoutent des compléments (RIFSEEP, supplément familial de traitement, indemnité de résidence). Pour situer ce poste dans l'ensemble du secteur, mon panorama des salaires des métiers de l'environnement donne les ordres de grandeur des fonctions voisines.

Un métier adossé à des politiques publiques#

Un métier accroché à une simple mode s'éteint vite. Celui-ci est arrimé à un empilement de textes, ce qui change la donne. Le Programme national pour l'alimentation dans sa quatrième édition (PNA 4) couvre 2026-2030 et a été lancé en avril 2026. Il s'inscrit dans la loi n° 2025-268 du 24 mars 2025 d'orientation pour la souveraineté alimentaire (44 articles) et met en œuvre la Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) 2025-2030.

Ce point piège souvent les candidats en entretien. On lit parfois que les PAT « fournissent les 50 % de produits durables » exigés en restauration collective. C'est inexact. L'obligation vient de la loi EGalim (loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018), qui impose depuis le 1er janvier 2022 au moins 50 % de produits durables, dont 20 % de produits biologiques. Or les produits issus des PAT, s'ils sont bien éligibles aux achats, ne sont pas comptabilisés dans ce quota des 50 %. Le PAT structure l'approvisionnement local en complément d'EGalim, il ne s'y substitue pas. Savoir énoncer cette distinction, c'est déjà démontrer qu'on a compris le dispositif.

Pour l'accompagnement professionnel, deux structures méritent d'être connues : le RnPAT (Réseau national des projets alimentaires territoriaux), créé en 2015 et piloté par Terres en villes et Chambres d'agriculture France, qui comptait 181 membres en 2022 ; et l'Observatoire national des PAT, créé en 2019, qui a publié son premier Baromètre des PAT en février 2025.

En pratique, mon conseil#

Ce que j'aime dans ce métier, c'est qu'il oblige à tenir les deux bouts : la carte et le terrain, le diagnostic chiffré et la réunion où l'on désamorce un conflit entre un maraîcher et un gestionnaire de cantine. Peu de postes réclament cette double compétence.

Si vous le visez, ma recommandation tient en trois marches. D'une part, sécurisez un socle Bac+5 en agronomie, aménagement ou développement territorial, ou une passerelle en formation continue. D'autre part, entraînez-vous à monter un dossier de financement, parce que c'est le nerf de la guerre et que peu de candidats savent le faire. Enfin, familiarisez-vous avec le cadre juridique (article 39 de la loi de 2014, EGalim, SNANC), car un chargé de mission qui maîtrise ses textes rassure immédiatement un employeur public. Ce n'est pas un métier qui vous rendra riche, mais c'est un métier qui tient, et dont la demande est portée par des politiques publiques pluriannuelles.

Sources#

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