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Chef de projet agrivoltaïsme : métier, formation, salaire

Chef de projet agrivoltaïsme : métier, formation, salaire

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

On vous vend l'agrivoltaïsme comme l'eldorado de la reconversion verte, et le chef de projet agrivoltaïsme comme le mouton à cinq pattes que tout le monde s'arrache. Le métier existe, il recrute, mais il ne ressemble pas à la brochure. Alors posons la vraie question : est-ce le beau plan de carrière qu'on nous promet, ou un poste de niche qu'on gonfle parce que le mot « solaire » fait vendre ? Je tranche à la fin. Avant ça, regardons ce que ce job recouvre vraiment.

Concrètement, il fait quoi de ses journées#

J'ai longtemps cru que l'agrivoltaïsme, c'était poser des panneaux au-dessus d'un champ. Erreur. Le principe, c'est que la production agricole reste la priorité, et que le solaire vient par-dessus sans la sacrifier. La loi APER de mars 2023 a d'ailleurs posé une définition légale du terme dans le code de l'énergie. Le chef de projet, lui, est celui qui doit faire tenir cet équilibre debout.

En pratique, ses missions couvrent tout le cycle : études de faisabilité, montage des dossiers réglementaires, pilotage de la conception jusqu'à la mise en service, coordination des acteurs et gestion du budget et du chantier. Rien d'exotique pour un chef de projet énergie classique, sauf un détail qui change tout : en face, il n'y a pas que des ingénieurs, il y a un agriculteur dont c'est le gagne-pain.

Et là, la réglementation serre la vis, à raison. Le décret de 2024 fixe un plafond de couverture par les panneaux de 40 pour cent de la surface pour les cultures, avec un rendement agricole qui doit rester à 90 pour cent au moins de la référence, soit une perte maximale de 10 pour cent. Pour l'élevage, le plafond de couverture monte à 60 pour cent de la surface, selon la même source, à confirmer. Traduction terrain : le chef de projet passe un temps fou à prouver que la ferme reste une ferme. Ce n'est pas de la paperasse annexe, c'est le cœur du poste.

Un chef de projet croisé sur un salon m'a résumé le boulot en une phrase : son vrai job, c'est que l'agriculteur ne se sente jamais dépossédé de sa terre. Tout le reste, le dimensionnement, les onduleurs, la revente d'électricité, c'est de la technique qu'on sait faire. La double compétence solaire et agronomie, elle est là, dans cette capacité à parler aux deux mondes. Côté employeurs, on retrouve des acteurs comme Sun'Agri, Ombrea, TSE ou Akuo sur les cultures, et OK Wind, Voltalia ou Davele sur l'élevage. La liste n'est pas exhaustive et évolue vite.

Si le montage financier et les appels d'offres vous parlent déjà, le cousin du poste côté vent, le chef de projet éolien terrestre, fonctionne sur une logique très proche, et les passerelles entre les deux sont réelles.

Se former : le socle compte plus que l'étiquette#

Ne cherchez pas la formation magique estampillée « agrivoltaïsme » qui ferait de vous un expert en six mois. Ce qui compte, c'est le socle. La voie principale, c'est un Bac+5 : soit une école d'ingénieur en énergies renouvelables, soit un master en agronomie, environnement, aménagement ou développement durable. Autrement dit, on entre par le solaire ou par l'agro, rarement par une porte dédiée.

Un exemple concret repéré dans une offre réelle, chez un cabinet de recrutement spécialisé : Bac+5 en agronomie exigé, avec cinq à dix ans d'expérience dans le secteur agricole. C'est une seule annonce, pas une norme, mais elle dit quelque chose d'important. Sur les postes seniors, l'ancrage agricole pèse autant que la compétence énergie. Le profil idéal n'est pas un pur ingénieur solaire qui découvre les champs.

Pour ceux qui sont déjà en poste et veulent monter en compétence sans reprendre trois ans d'études, il existe des formations courtes. Bordeaux Sciences Agro en propose une, sur trois jours au campus de Gradignan avec des intervenants de l'INRAE, ou deux jours en entreprise, éligible à un financement OPCO. C'est le genre de format que je conseille à quelqu'un qui a déjà un pied dans l'énergie ou dans l'agri et qui veut valider le vocabulaire du secteur. Pour bâtir le pont depuis l'énergie solaire, jeter un œil au parcours du technicien photovoltaïque aide à situer les prérequis techniques.

Le salaire, ou l'art de ne pas gober un chiffre#

Soyons honnêtes tout de suite. Il n'existe pas de grille officielle pour le chef de projet agrivoltaïsme : pas de fiche dédiée, le code ROME le plus proche étant le H1206, chef de projet énergies renouvelables. Tout chiffre qu'on vous sort est donc un proxy, un salaire de métier voisin. Autant le dire.

Sur ce point, je vais être direct : je n'ai pas de chiffre propre et fiable à ce poste précis, seulement des repères de fonctions cousines. Pour un chef de projet énergies renouvelables, les agrégateurs situent la moyenne autour de 45 000 euros par an, avec une fourchette voisine de 41 000 à 54 000 euros et une moyenne de 46 500 euros relevée début 2026. Pour un chef de projet photovoltaïque, un autre proxy, la moyenne tourne autour de 43 000 euros. Prenez ces montants pour ce qu'ils sont : des voisins, pas la cible.

Certaines sources d'orientation avancent, pour l'agrivoltaïque, une estimation générique de 35 000 à 42 000 euros en début de carrière, 45 000 à 60 000 euros pour un profil confirmé, et au-delà pour un senior. Je la cite en la qualifiant : c'est une estimation générique, pas une donnée mesurée sur le métier. Méfiez-vous surtout des chiffres seniors spectaculaires, ceux qui n'ont jamais de méthodologie derrière. Pour comparer sereinement avec le reste de la filière verte, les grilles de salaire des métiers de l'environnement donnent un cadre bien plus solide qu'une fiche isolée.

Un marché jeune, mais qui accélère pour de vrai#

Reste à savoir si le poste a un avenir ou si c'est un feu de paille. Les chiffres du terrain penchent pour l'avenir. L'Observatoire national de l'agrivoltaïsme, lancé en novembre 2025, recense 218 installations existantes ou autorisées, pour plus de 2,2 GWc cumulés. Le parc a quasiment doublé en puissance entre 2021 et 2025, avec plus d'un millier de projets recensés en 2025. Le rythme de déploiement anticipé dès 2026 s'annonce entre 1 et 2 GW par an, selon des estimations de la filière.

Autre signal, réglementaire cette fois : la loi de simplification de mai 2026 a supprimé l'audition obligatoire du porteur de projet devant la commission de préservation des espaces agricoles. Concrètement, ça raccourcit les délais d'instruction, donc ça huile la machine à projets. Et qui dit plus de projets dit plus de chefs de projet pour les mener. Côté acceptation, une enquête d'opinion citée par un acteur du secteur indique que 56 pour cent des agriculteurs y voient un revenu complémentaire. Ce n'est pas rien, quand on sait que le nerf de la guerre, c'est justement de convaincre le monde agricole.

Ce que je ferais à votre place#

Alors, beau plan de carrière ou niche gonflée ? Ma réponse : les deux, et c'est justement ce qui le rend intéressant. Le métier est réel, le marché accélère, la réglementation pousse dans le bon sens. Mais ce n'est pas une reconversion express : sans socle sérieux en énergie ou en agronomie, vous serez le maillon faible d'un poste qui exige de tenir les deux bouts.

Sur un point, j'hésite encore : le rythme des recrutements dépendra directement de la vitesse à laquelle les projets sortent de terre, et une filière neuve peut caler sur un changement de cap politique. C'est le pari à accepter. Si je devais conseiller quelqu'un aujourd'hui, je lui dirais d'entrer par sa compétence forte, énergie ou agri, puis de se spécialiser en poste, plutôt que de courir après un diplôme qui n'existe pas encore vraiment.

Il y a quelque chose de sain dans ce métier, au fond. Là où la plupart des projets énergétiques passent en force sur un territoire, celui-ci n'a pas le choix : il doit composer avec la terre au lieu de la remplacer. Le chef de projet agrivoltaïsme est payé pour tenir cette contrainte. Ceux qui aiment les métiers de terrain à double casquette, comme le pilote de drone agricole, y trouveront un vrai terrain de jeu.

Sources#

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