Ouvrez trois offres de chargé de mission mobilité durable en collectivité. Deux sur trois parlent encore de « PDU ». Le problème : ce sigle ne désigne plus aucun document légal depuis le 1er janvier 2021. Un candidat qui débarque en entretien avec le mauvais vocabulaire se grille en dix secondes. Alors avant de parler formation ou salaire, réglons le vrai sujet : les mots.
PDU, PDM, PDE : le sigle qui vous trahit en entretien#
La loi d'orientation des mobilités, la LOM (n° 2019-1428 du 24 décembre 2019), a rebaptisé le « plan de déplacements urbains » en « plan de mobilité », le PDM. Effet au 1er janvier 2021. Les PDU adoptés avant restent valides jusqu'à leur prochaine révision, ce qui explique que le vieux sigle traîne encore partout.
Petit rappel de généalogie, parce qu'il éclaire le poste : LOTI en 1982, loi SRU en 2000, LOM en 2019. À chaque étape, le document pilote a gagné en portée. La mobilité durable dans les collectivités n'est pas une lubie récente, c'est quarante ans de sédimentation réglementaire.
Deuxième piège, plus vicieux : ne confondez pas ce poste avec le « responsable PDE » ou « PDME » côté entreprise. Depuis la LOM, les entreprises de plus de 50 salariés situées dans le ressort d'un plan de mobilité doivent traiter le trajet domicile-travail dans leurs négociations annuelles obligatoires, avec un plan de mobilité employeur en cas d'échec des négociations. C'est un autre métier, dans un autre monde. Le responsable PDME travaille pour un employeur privé, quand le chargé de mission dont on parle ici pilote la politique publique d'un territoire. Confondre les deux sur un CV, c'est postuler à côté.
J'ai toujours trouvé ça révélateur, cette survie d'un sigle mort dans les annonces. Un terme légal disparaît, l'administration met des années à s'en apercevoir, et les recruteurs recopient les vieilles fiches de poste sans les relire. Vous voulez jauger l'inertie d'une collectivité avant de la rejoindre ? Regardez le vocabulaire de ses offres d'emploi. Ça en dit long.
Le vrai déclencheur du poste : 100 000 habitants#
Concrètement, ce qui crée le poste, ce n'est pas la bonne volonté écolo d'un élu. C'est un seuil. Le Code des transports (article L1214-3) impose un plan de mobilité aux agglomérations de plus de 100 000 habitants. En dessous, c'est facultatif.
Et ce n'est pas un document qu'on pond une fois pour solde de tout compte. La loi impose une évaluation tous les cinq ans (article L1214-8). Traduction pour votre carrière : le besoin est récurrent, pas ponctuel. Le plan est élaboré par l'autorité organisatrice de la mobilité, l'AOM, et doit couvrir onze objectifs légaux, de la sécurité routière au stationnement en passant par la tarification des transports.
En clair : les employeurs, ce sont les métropoles, les intercommunalités, les départements, les régions, bref les structures assez grosses pour dépasser le seuil ou porter une compétence mobilité. Ne cherchez pas ce poste dans une petite commune rurale, il n'y existe pas.
Le métier, une fois le brouillard levé#
La fiche officielle existe : code D40102 sur emploi-territorial.fr, intitulé « chargé ou chargée de projet mobilité durable ». Sa définition de la mission, mot pour mot : « Promeut et accompagne, auprès des différents acteurs du territoire, la mise en place de projets favorisant la diversification des solutions de mobilité. »
Derrière cette phrase de fonctionnaire, il y a un métier de coordination. Vous animez des réseaux d'acteurs, vous arbitrez des choix modaux (vélo, bus, covoiturage, marche), vous conduisez des projets, vous négociez, et vous manipulez des outils cartographiques, du SIG. La réalité du terrain : beaucoup de réunions, un peu de technique. Si vous fuyez les élus et les réunions publiques, passez votre chemin.
Se former, et décrocher le poste#
Pour la voie contractuelle, la porte d'entrée classique, c'est un bac+5 en transports, aménagement du territoire ou urbanisme (source : infos.emploipublic.fr). Il existe des masters dédiés, par exemple le parcours TRANSMOB du master Urbanisme et aménagement de l'université Toulouse Jean Jaurès.
Côté statut, on est le plus souvent sur un poste de catégorie A, filière technique (ingénieurs territoriaux, urbanistes), parfois filière administrative (attachés). Pour devenir titulaire, il faut passer un concours, externe, interne ou troisième voie selon le cadre d'emplois. Ensuite, l'évolution logique mène vers ingénieur en chef ou urbaniste, via concours interne ou examen professionnel.
Si vous visez ce type de poste en collectivité, jetez un œil aux fonctions voisines : le chargé de mission ZAN et le chargé de mission PCAET partagent le même cadre d'emplois et les mêmes concours. En pratique, les compétences se recyclent d'un poste à l'autre.
Le salaire ? Aucune grille ne le dit#
Là, je vais être franc, parce que c'est justement le sujet où on vous raconte n'importe quoi. Il n'existe aucune grille salariale officielle publiée pour ce poste précis. Les fourchettes qui circulent sur les sites d'emploi s'appuient sur une seule source, jamais recoupée. Je préfère ne rien avancer plutôt que de vous vendre un chiffre en l'air.
Ce que je peux dire sans mentir : la rémunération suit la grille indiciaire de la catégorie A territoriale, comme tout cadre A. Pour un montant réel, la seule méthode fiable, c'est de demander directement en entretien la grille appliquée par la collectivité. Aucune estimation en ligne ne vaudra cette réponse-là.
Ce que je ferais à votre place#
Trois réflexes avant de postuler. Un : bannissez « PDU » de votre vocabulaire, parlez de « plan de mobilité », vous montrez que vous suivez le droit en vigueur. Deux : ne confondez jamais le rôle en collectivité et le rôle en entreprise, ce sont deux métiers distincts. Trois : sur le salaire, ne gobez aucune estimation, posez la question à la source.
Soyons honnêtes : ce poste ne fera pas de vous un héros. Mais il est adossé à une obligation légale qui ne va pas disparaître, dans des collectivités qui peinent à recruter des profils maîtrisant à la fois le droit, la technique et la conduite de projet. Le vocabulaire, lui, c'est juste le ticket d'entrée. Encore faut-il le connaître.





