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Certificat de capacité faune sauvage : qui peut détenir

Certificat de capacité faune sauvage : qui peut détenir

Par Philippe D.

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Philippe D.

Installer chez soi un python de plusieurs mètres, ou une volière entière, relève-t-il du loisir ou d'un régime administratif ? La frontière ne dépend pas de la passion : elle tient dans un document, le certificat de capacité, et dans des seuils chiffrés que l'arrêté du 8 octobre 2018 modifié attache aux effectifs détenus.

Le certificat de capacité est l'obligation faite au responsable d'un établissement d'élevage, de vente ou de présentation au public d'animaux d'espèces non domestiques. Il est personnel, délivré par le préfet après avis d'une commission départementale, et son absence expose à trois ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende.

Ce que le certificat est, et à qui il s'adresse#

Le mécanisme est simple à décrire, plus strict qu'on ne l'imagine. La préfecture de Loire-Atlantique, dont la page fait état des mêmes textes que les autres préfectures, l'énonce ainsi : le responsable d'un établissement d'élevage, de vente ou de présentation au public d'animaux d'espèces non domestiques « doit être titulaire d'un certificat de capacité pour l'entretien de ces animaux ». Deux précisions structurelles suivent. D'abord : « Le certificat de capacité est personnel. » Il n'attache pas une équipe, il désigne une personne responsable de l'entretien. Ensuite, son périmètre est écrit : le certificat « mentionne les espèces ou groupes d'espèces et le type d'activités pour lesquels il est accordé ». On ne détient pas tout avec un papier qui autorise un peu.

Le régime suit la logique d'un agrément : « peut être accordé pour une durée indéterminée ou limitée. Il peut être suspendu ou retiré. » La délivrance n'est pas automatique : le préfet statue « après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites » siégeant en formation faune sauvage captive. C'est la même architecture de contrôle que pour les certifications environnementales d'entreprise, un tiers technique avisant avant la décision administrative.

Les seuils : quand le poulailler devient établissement#

C'est la partie que les particuliers découvrent trop tard. L'arrêté du 8 octobre 2018 modifié, qui fixe les règles générales de détention, fait basculer la simple détention vers le régime de l'établissement d'élevage (avec autorisation d'ouverture, en application de l'article L. 412-1 du code de l'environnement) dès qu'une condition est remplie. La préfecture égrène les chiffres : « le nombre d'animaux adultes hébergés excède 40 pour les mammifères, 100 pour les oiseaux, 40 pour les reptiles ou 40 pour les amphibiens », un total de 40 animaux adultes lorsqu'ils appartiennent à plusieurs classes, et, troisième porte d'entrée, « l'élevage est pratiqué dans un but lucratif ».

Traduit dans les faits : l'éleveur amateur sous les seuils reste dans le régime de déclaration, celui qui les franchit entre dans l'autorisation, et le moindre euro gagné sur une portée change la nature de l'activité. Le ministère de la Transition écologique résume l'empilement pour les élevages professionnels : ils « doivent bénéficier : d'une autorisation d'ouverture ; d'un certificat de capacité pour le responsable de l'entretien des animaux ».

En dessous des seuils, la détention n'est pas pour autant un angle mort : le formulaire Cerfa 15967*03 sert à effectuer « la déclaration de détention, dans la limite des effectifs autorisés, d'animaux d'espèces non domestiques figurant à la colonne (b) de l'annexe 2 » de l'arrêté. Déclarer n'est pas être certifié, mais l'administration sait. Et pour les espèces protégées, le régime CITES s'ajoute au certificat : le commerce des espèces protégées détaille cette couche supplémentaire.

Comment on l'obtient : diplôme ou expérience#

Le certificat ne se monnaie pas dans une formation unique. La préfecture pose le principe : « Des conditions de diplômes et/ou d'expérience sont exigibles. » La liste de ces conditions est fixée par un arrêté du 12 décembre 2000 modifié, que les services de l'État appliquent espèce par espèce. L'instruction, elle, est administrative : la demande est recevable et « instruite par la DD(ETS)PP » (les directions départementales de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations), et les modalités d'octroi tiennent dans les articles R. 413-2 à R. 413-23 du code de l'environnement.

Concrètement, les candidats viennent de deux mondes : les titulaires de diplômes agricoles ou vétérinaires qui font valoir leur cursus, et les passionnés qui font valoir des années de pratique documentée. C'est la même économie de preuve que dans le métier de soigneur en centre de sauvegarde, où l'expérience se discute autant que le papier, ou que chez le vétérinaire faune sauvage, dont le diplôme couvre structurellement une partie des exigences.

Sans certificat : la peine est correctionnelle#

C'est le point que les forums d'éleveurs sous-estiment. L'article L415-3 du code de l'environnement punit « de trois ans d'emprisonnement et de 150 000 € d'amende » le fait, pour un responsable, d'exercer dans un établissement d'élevage, de vente, de location ou de transit d'animaux d'espèces non domestiques, ou de présentation au public, « sans être titulaire du certificat de capacité prévu à l'article L. 413-2 ». Le même article vise « le fait d'ouvrir ou d'exploiter un tel établissement en violation des dispositions de l'article L. 413-3 ». On n'est pas dans la contravention de stationnement : c'est un délit, avec un casier à la clé.

Pourquoi un plafond aussi haut ? Les objectifs du régime, tels que les services de l'État les écrivent, sont triples : « garantir le bien-être des animaux captifs ; garantir la sécurité des personnes », et, troisième volet, encourager indirectement la sauvegarde de la faune sauvage en évitant les prélèvements dans la nature. La logique a irrigué jusqu'au sort des cétacés : l'article L. 413-12 a introduit l'interdiction des spectacles de dauphins et d'orques. Entre la volière du quartier et le delphinarium, c'est la même idée : la compétence se prouve avant la détention.

SituationCe qui est exigéBase
Elevage, vente, présentation au publiccertificat de capacité personnel + autorisation d'ouvertureL. 413-2 et L. 413-3, arrêté du 8 octobre 2018
Effectifs excédant 40 mammifères, 100 oiseaux, 40 reptiles ou 40 amphibiensbascule en établissement d'élevage, autorisationarrêté du 8 octobre 2018 modifié
Elevage en but lucratifautorisation d'ouverturearticle L. 412-1
Détention sous les seuils, espèces de la colonne (b)déclaration (Cerfa 15967*03)annexe 2 de l'arrêté du 8 octobre 2018
Exercer sans certificattrois ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amendearticle L. 415-3

FAQ#

Faut-il un certificat pour détenir un animal exotique chez soi ?#

En dessous des seuils d'effectifs et sans but lucratif, la détention des espèces listées en colonne (b) relève de la déclaration (Cerfa 15967*03), pas du certificat. Le certificat devient obligatoire dès que l'activité prend la forme d'un élevage, d'une vente ou d'une présentation au public.

Le certificat de capacité est-il un diplôme ?#

Non. C'est une décision préfectorale, personnelle, qui reconnaît des conditions de diplômes et/ou d'expérience fixées par arrêté. Un diplôme peut suffire à les établir ; le texte admet aussi la pratique.

Que risque-t-on à vendre des portées sans certificat ?#

La vente place l'activité dans le régime de l'établissement : le responsable sans certificat tombe sous le coup de l'article L. 415-3, puni de trois ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende. Le caractère lucratif suffit, à lui seul, à déclencher l'autorisation.

Le certificat peut-il être retiré ?#

Oui. La préfecture indique qu'il « peut être suspendu ou retiré », et qu'il est accordé pour une durée indéterminée ou limitée, pour des espèces et des activités désignées.

Entre un certificat qui filtre réellement les mauvais détenteurs et un certificat qui ne fait que formaliser la passion de chacun, je n'ai pas tranché : les textes garantissent une compétence, pas une intention. La sanction correctionnelle, elle, ne laisse place à aucun doute.

Sources#

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