Depuis le 12 janvier 2026, le contrôle sanitaire des vingt PFAS dans l'eau du robinet est obligatoire en France, avec une limite de qualité fixée à 0,1 µg/L pour la somme de ces vingt composés (et 0,5 µg/L pour le total des PFAS). Derrière cette échéance réglementaire, il y a des gens qui prélèvent, extraient, injectent et lisent des chromatogrammes. On les appelle parfois « analystes PFAS ». Voilà le métier dont je veux parler, et je vais commencer par une mise au point qui va peut-être décevoir : cet intitulé n'existe pas vraiment.
Un métier réel derrière un intitulé qui n'existe pas#
Quand mes étudiants en reconversion me demandent la « fiche métier de l'analyste PFAS », je dois leur expliquer qu'ils n'en trouveront aucune. Ni à l'Onisep, ni à l'Apec, ni chez France Travail. Ce que recouvre l'expression, c'est une spécialisation récente du chimiste analytique de laboratoire appliquée à ces polluants. Le poste existe, il recrute, mais aucun référentiel RH ne l'a standardisé sous ce nom.
Ça a une conséquence directe, et il faut la dire franchement : les salaires que vous verrez circuler pour « analyste PFAS » sont en réalité ceux du technicien ou de l'ingénieur chimiste généraliste. Aucune grille propre n'existe. J'y reviens plus bas, parce que c'est le point sur lequel les candidats se font le plus d'illusions.
La demande, elle, est bien portée par le droit. La directive européenne 2020/2184 a imposé le suivi des vingt PFAS ; la France l'avait anticipée dès le 1er janvier 2023 avec l'arrêté du 30 décembre 2022, qui fixait déjà le seuil de 0,10 µg/L, mais sans contrôle systématique. C'est l'échéance du 12 janvier 2026 qui a rendu la surveillance obligatoire. À cela s'ajoute la loi n° 2025-188 du 27 février 2025, dite loi PFAS, qui instaure une redevance pollueur-payeur de 100 euros par 100 grammes de PFAS rejetés et vise la fin des rejets aqueux industriels dans un délai de cinq ans. Un métier arrimé à un tel empilement de textes ne s'éteindra pas avec la prochaine mode.
Analyste, écotoxicologue, technicien eau : trois métiers qu'on confond#
C'est la confusion que je passe le plus de temps à défaire en cours. Trois profils gravitent autour des PFAS, et ils ne font pas le même travail.
L'analyste PFAS, celui qui nous occupe, est un chimiste de paillasse. Sa matière, c'est la mesure physico-chimique : préparer l'échantillon, faire tourner l'instrument, valider une donnée chiffrée sous accréditation. Il est généraliste par formation, capable de basculer d'un secteur à l'autre (pharma, cosmétique, agroalimentaire, police scientifique), et il applique ses techniques aux PFAS.
L'écotoxicologue industriel travaille à un autre étage. Il ne mesure pas une concentration, il évalue un impact : comment le polluant se disperse, quels effets sur les écosystèmes et la santé, quels dossiers d'autorisation monter. C'est un métier bac+5, tourné vers le risque, pas vers la paillasse.
Le technicien de traitement des eaux, enfin, est spécialisé sur la filière eau (production, traitement, distribution) là où le chimiste analyste reste multi-secteurs. On peut analyser des PFAS sans jamais avoir mis les pieds dans une station d'épuration. Savoir énoncer ces trois périmètres en entretien, c'est déjà montrer qu'on a compris où l'on postule.
L'instrumentation, cœur du poste#
Le quotidien de l'analyste tourne autour d'une chaîne bien précise. La méthode de référence pour l'eau potable, c'est le couplage chromatographie liquide et spectrométrie de masse en tandem (LC-MS/MS), encadré depuis 2024 par la norme EN 17892:2024. Sa partie A décrit l'injection directe ; sa partie B ajoute une extraction sur phase solide (SPE) pour gagner en sensibilité, indispensable quand on cherche des concentrations de l'ordre du nanogramme par litre. La norme ISO 21675:2019 décrit également ce couplage SPE plus LC-MS/MS, et l'ISO 25101:2009 vise plus spécifiquement le PFOS et le PFOA.
Le LC-MS/MS ne couvre pas tout. Pour les précurseurs volatils et non ionisables, comme les alcools fluorotélomères, on passe à la GC-MS, la chromatographie en phase gazeuse. Les deux techniques sont complémentaires, et un labo sérieux maîtrise les deux. Petite mise en perspective : on estime à environ 5 000 le nombre de types de PFAS sur le marché mondial, dont beaucoup de précurseurs mal caractérisés sans méthode standardisée. Autrement dit, la surveillance officielle des vingt composés réglementés n'est que la partie émergée du problème analytique.
Un point non négociable : les laboratoires chargés du contrôle sanitaire doivent être accrédités COFRAC ou agréés ANSES. Sans cette accréditation, leurs résultats n'ont aucune valeur réglementaire. C'est l'ARS qui organise le contrôle, alerte en cas de dépassement et rend les résultats publics.
Se former : du BTS au master#
Il n'y a pas une voie unique, mais un faisceau. À bac+2, le BTS Métiers de l'eau forme des techniciens sur l'ensemble du cycle de l'eau, avec une période en entreprise de douze à treize semaines. À bac+3, la licence professionnelle Chimie analytique, contrôle, qualité, environnement (proposée dans au moins huit établissements, de Paris Cité à Clermont Auvergne) combine 200 heures de projet tutoré et un stage de seize semaines ou une alternance. À bac+5, un master comme celui de Chimie analytique et instrumentation de l'université de Toulouse forme des chimistes capables de piloter l'instrumentation lourde.
Honnêtement, sur le choix du niveau, j'hésite à trancher pour les gens que j'accompagne : un bac+2 suffit pour entrer en paillasse, mais les postes qui recrutent le mieux aujourd'hui demandent de l'expérience sur la technique LC-MS, ce qui rebat les cartes.
Le salaire, sans enjoliver#
Je répète mon avertissement, parce qu'il est structurant : il n'existe pas de barème « analyste PFAS ». Les repères disponibles sont ceux du chimiste généraliste. Pour un technicien chimiste, la médiane se situe autour de 35 700 € brut par an (environ 2 975 € par mois), dans une fourchette de 29 500 à 41 500 € selon l'expérience, un profil confirmé montant vers 41 055 € et un senior vers 47 481 €. Pour un ingénieur chimiste, les débuts se situent entre 2 500 et 3 000 € brut mensuels, avec une moyenne autour de 40 939 € par an. À titre de comparaison, un écotoxicologue débutant tourne aux alentours de 2 500 € brut par mois.
Ces chiffres sont des points de comparaison, pas la grille du métier. Pour situer ce poste parmi les fonctions voisines, mon panorama des salaires des métiers de l'environnement donne les ordres de grandeur du secteur.
Un marché tiré par l'échéance réglementaire#
Le recrutement suit deux régimes. Pour les techniciens expérimentés sur la LC-MS et la technique PFAS, l'expertise est recherchée et les employeurs attractifs : Eurofins et son réseau de plus de trente laboratoires, Normec Abiolab et ses neuf sites accrédités COFRAC, Carso, SGS, le LNE (laboratoire de référence AQUAREF) ou encore Wessling, qui prévoyait dès 2026 d'agrandir ses locaux et d'augmenter ses effectifs. À l'inverse, les postes peu qualifiés peinent à se pourvoir dans les zones à faible chômage.
Mon conseil, pour finir. Si vous visez ce métier, ne courez pas après un intitulé qui n'existe pas : construisez un socle en chimie analytique, décrochez de l'expérience concrète sur le couplage LC-MS/MS, et apprenez à parler accréditation. C'est cette combinaison, pas le mot « PFAS » sur un CV, qui fait la différence devant un responsable de laboratoire.
Sources#
- PFAS, surveillance de l'état des eaux (ministère de la Transition écologique)
- Loi n° 2025-188 du 27 février 2025 relative aux PFAS (Légifrance)
- Arrêté du 30 décembre 2022 sur les limites de qualité des eaux (Légifrance)
- PFAS, surveillance dans l'eau de consommation (ARS Auvergne-Rhône-Alpes)
- Analyse PFAS dans l'eau, norme EN 17892:2024 (ALS France)
- Salaires du technicien chimie (Hellowork)
- Fiche métier écotoxicologue (CIDJ)
- Fiche métier technicien de l'eau (CIDJ)
- Emploi PFAS et suivi en laboratoire (emploi-environnement.com)
- Licence pro Chimie analytique, contrôle, qualité, environnement (Onisep)
- BTS Métiers de l'eau (Onisep)
- Master Chimie analytique et instrumentation (université de Toulouse)





