Tapez « salaire ingénieur méthanisation » dans un moteur de recherche : vous tombez sur des fiches d'agrégateurs qui affichent une fourchette sans dire ni la source ni la date. Le problème, ce n'est pas leur manque de sérieux. C'est que l'Apec, principale source publique sur les salaires des cadres, ne publie aucun salaire propre à ce poste. Le métier qui conçoit et dimensionne les unités de méthanisation, avant qu'une autre personne les exploite, n'a pas sa propre ligne statistique.
En clair : la médiane que je vais vous donner n'est pas celle du poste, c'est celle de sa famille. L'Apec classe l'intitulé « chef de projet méthanisation » sous la fiche ingénieur énergies renouvelables, rattachée à la famille « ingénierie énergétique et environnementale ». Médiane 2025 de cette famille : 45 000 € brut annuel, fixe et variable compris, avec 80 % des cadres entre 33 000 et 62 000 €. Si votre employeur est un bureau d'études, un plancher mensuel Syntec entre aussi en jeu, à convertir en annuel avant toute comparaison avec cette médiane.
Pourquoi aucune fiche ne porte ce poste#
L'Apec publie bien une fiche « Ingénieur énergies renouvelables », et l'intitulé « chef de projet méthanisation » y figure parmi les postes couverts. Mais aucune fiche Apec dédiée à l'ingénieur méthanisation, avec son propre salaire, n'existe. Ce que l'Apec mesure vraiment, c'est une famille entière de métiers qui va de l'acousticien à l'ingénieur en efficacité énergétique, en passant par l'hydraulicien et l'ingénieur d'études environnement. Le développeur de projets méthanisation s'y noie dans la masse.
Ça change la façon de lire un chiffre de salaire pour ce poste. Une médiane de famille dilue forcément les écarts entre un profil qui fait de la R&D biogaz et un autre qui pilote des chantiers d'installations classées. C'est la contrepartie à connaître avant d'utiliser les chiffres qui suivent : ils situent le terrain de jeu, pas votre bulletin de paie exact.
Étape 1 : partir de la médiane Apec de la famille, pas d'un chiffre isolé#
L'étude Apec « Les rémunérations des cadres dans 111 familles de métiers », édition 2025 publiée en décembre 2025, s'appuie sur la fusion des enquêtes 2021 à 2025 et 26 000 cadres du secteur privé interrogés en 2025, redressés sur les données DSN de l'Insee. Voici ce qu'elle donne pour la famille où loge l'ingénieur méthanisation :
| Repère (famille « ingénierie énergétique et environnementale ») | Valeur |
|---|---|
| Médiane annuelle brute, fixe + variable | 45 000 € |
| 1er décile | 33 000 € |
| 9e décile | 62 000 € |
| Part variable | environ 45 % des cadres, montant médian environ 3 200 € |
| Médiane, moins de 35 ans | environ 43 000 € |
| Médiane, 35 à 45 ans | environ 51 000 € |
| Médiane, plus de 45 ans | environ 60 000 € |
| Médiane, secteur Industrie | environ 50 000 € |
| Médiane, secteur Énergies-eau | environ 50 000 € |
| Médiane, secteur Construction | environ 47 000 € |
| Médiane, secteur Services | environ 43 000 € |
| Médiane, secteur Ingénierie-R&D | environ 42 000 € |
Les lignes par âge et par secteur se lisent sur des graphiques de l'étude, d'où l'« environ ». Pour situer l'ensemble : la médiane tous cadres confondus, toutes familles mêlées, atteint 55 000 €, avec 80 % des cadres entre 38 000 et 95 000 €. La famille de l'ingénieur méthanisation se tient nettement en dessous de l'ensemble des cadres.
La fiche Apec « Ingénieur énergies renouvelables », elle, avance une fourchette plus resserrée : 80 % des salaires entre 35 000 et 53 000 €, moyenne à 43 000 €. C'est une page qui n'est pas datée, à traiter comme un repère plus étroit, pas comme un chiffre officiel supplémentaire à additionner au premier.
Étape 2 : ajouter le plancher Syntec, si votre employeur est un bureau d'études#
Deuxième repère, et il ne s'applique pas à tout le monde : si vous êtes salarié d'un bureau d'études ou d'un cabinet d'ingénierie, la convention collective Syntec-Cinov (IDCC 1486) fixe des minima mensuels bruts par coefficient. Un développeur salarié d'un énergéticien, d'un constructeur d'unités ou d'une coopérative agricole relève, lui, de la convention de son propre employeur, qui change d'une entreprise à l'autre.
Voici les minima fixés par l'accord du 26 juin 2024 relatif aux salaires minimaux, étendu par arrêté du 8 novembre 2024 (JORF du 27 novembre 2024), entré en vigueur au plus tôt le 1er janvier 2025 :
| Coefficient (IC) | Minimum mensuel brut |
|---|---|
| 95 | 2 135 € |
| 100 | 2 240 € |
| 105 | 2 315 € |
| 115 | 2 530 € |
| 130 | 2 850 € |
| 150 | 3 275 € |
| 170 | 3 650 € |
| 210 | 4 495 € |
| 270 | 5 755 € |
Au 1er juin 2026, le Code du travail numérique cite toujours cet accord du 26 juin 2024 comme référence des minima de la branche. Pour comparer avec la médiane Apec, il faut d'abord passer à l'année : sur douze mois, le coefficient 95 donne 25 620 € brut, le coefficient 130 donne 34 200 € et le coefficient 270 donne 69 060 €. Même converti, ce plancher reste un fixe, alors que la médiane Apec additionne fixe et variable.
Étape 3 : lire la tension du marché avant de négocier#
Le baromètre des entreprises du secteur gaz renouvelables, publié par France Gaz en janvier 2025, donne le contexte de recrutement. Plus de 2 100 salariés travaillaient directement pour ces entreprises en 2023. Les objectifs de recrutement affichés progressent de 18,4 %, avec 63 % de postes techniques et de cadres. Le baromètre parle d'une « tension croissante » en ressources humaines, et cite les chiffres de l'Ademe pour situer l'ampleur de la filière : entre 4 800 et 6 800 emplois en 2022. Les recrutements se concentrent surtout en Île-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Nouvelle-Aquitaine.
Côté formation, le Club Biogaz recense près d'une centaine de parcours dédiés à la méthanisation, et 85 % des répondants du baromètre déclarent un lien avec ces parcours. Premier frein cité par les entreprises interrogées : la complexité du cadre réglementaire, que 65 % d'entre elles jugent floue. Le baromètre mentionnait aussi, à sa date de publication, un objectif de projet de PPE de 44 TWh de gaz renouvelable injectable en 2030. Le décret n° 2026-76 du 12 février 2026, qui adopte la PPE 3, a gardé ce cap de 44 TWh de biométhane injecté en 2030.
Un coefficient Syntec lu dans une offre d'emploi ne dit rien du salaire réellement proposé. Un plancher conventionnel n'est pas un salaire de marché : c'est la limite en dessous de laquelle l'accord de branche interdit de descendre.
Entre me positionner en entretien sur la médiane de toute la famille Apec (45 000 €) ou sur la fourchette plus étroite de la fiche « ingénieur énergies renouvelables » (moyenne 43 000 €), je pencherais pour la première, faute d'un repère plus précis pour ce poste précis. L'argument inverse, coller à l'intitulé le plus proche du métier réel, ne se défend pas si mal non plus.
Le développeur qui dimensionne une unité n'est pas le responsable d'exploitation d'une méthanisation agricole, qui pilote le site une fois construit : deux métiers, deux quotidiens, une même filière en tension. Sur la formation qui mène à ces postes techniques, le parcours technicien biométhane illustre l'offre qui se structure. Et pour comparer la méthode à un autre métier d'ingénieur des énergies renouvelables, j'ai fait le même exercice sur le salaire d'un chef de projet éolien terrestre et sur celui d'un ingénieur hydrogène vert.
Le cadre réglementaire que 65 % des entreprises jugent flou dans le baromètre a un texte précis : le décret ICPE méthanisation d'avril 2026 sur les seuils et les rejets des élevages fixe une partie de ce que le développeur doit intégrer dès la conception d'un projet. Sur la méthode de lecture d'une grille conventionnelle, j'étais parti du même principe pour le salaire d'un ingénieur prévention Seveso : trois sources, trois choses différentes, jamais une addition.
Questions fréquentes#
Le salaire d'un ingénieur méthanisation est-il différent de celui d'un responsable d'exploitation ?#
Les missions diffèrent : l'ingénieur méthanisation conçoit et dimensionne le projet, le responsable d'exploitation fait tourner l'unité une fois construite. Les deux relèvent de la même filière en tension selon le baromètre France Gaz, et l'Apec ne publie de salaire propre à aucun des deux intitulés.
Quelle convention collective s'applique à ce métier ?#
Ça dépend de l'employeur. Un salarié d'un bureau d'études relève de la convention Syntec-Cinov (IDCC 1486), avec ses minima mensuels par coefficient. Un salarié d'un énergéticien, d'un constructeur d'unités ou d'une coopérative agricole relève de la convention propre à cet employeur, qui varie selon son activité.
Le secteur recrute-t-il vraiment davantage ?#
Oui, selon le baromètre France Gaz de janvier 2025 : les objectifs de recrutement des entreprises du secteur gaz renouvelables progressent de 18,4 %, avec 63 % de postes techniques et de cadres, dans un contexte que le baromètre qualifie de « tension croissante » en ressources humaines.
Le plancher Syntec est-il le vrai salaire du poste ?#
Non. C'est un minimum conventionnel en dessous duquel une entreprise de bureau d'études ne peut pas descendre, exprimé en brut mensuel. Il ne dit rien du salaire réellement négocié, ni de la part variable, ni des postes chez un employeur qui ne relève pas de cette convention.
Quelles formations mènent à ce métier ?#
Le Club Biogaz recense près d'une centaine de parcours de formation dédiés à la méthanisation, selon le baromètre France Gaz. 85 % des répondants de l'enquête déclarent un lien avec ces parcours.
Où se trouvent le plus de postes ?#
D'après le baromètre France Gaz, les recrutements se concentrent surtout en Île-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Nouvelle-Aquitaine.
Sources#
- Les rémunérations des cadres dans 111 familles de métiers, édition 2025 (Apec), consulté le 29 septembre 2026
- Fiche métier Ingénieur énergies renouvelables (Apec), consulté le 29 septembre 2026
- Accord du 26 juin 2024 relatif aux salaires minimaux, IDCC 1486 (Légifrance), consulté le 29 septembre 2026
- Quel est le salaire minimum, IDCC 1486 (Code du travail numérique), consulté le 29 septembre 2026
- Baromètre des entreprises du secteur gaz renouvelables, synthèse, janvier 2025 (France Gaz), consulté le 29 septembre 2026
- PPE 3 : ce qu'il faut retenir des objectifs en matière de biogaz (Cabinet Gossement Avocats), consulté le 29 septembre 2026





